Geopolintel

Donald Rumsfeld : l’économie de guerre.

jeudi 11 décembre 2008

Début de carrière.

Rumsfeld est né à Chicago le 9 juillet 1932 (1). Diplômé de l’université de Princeton en 1960, il intègre la banque AG Becker en 1962, se lance dans la carrière politique et obtient son premier mandat électoral en 1969 dans l’Office of Economic Opportunity, une agence de lutte contre la pauvreté sous Nixon. Ses deux adjoints sont alors son fidèle ami Franck Carlucci, futur gestionnaire du fond de pension Carlyle et Dick Cheney actuel vice président des Etats Unis.

Sous Reagan après que Bush père lui souffle la vice présidence, il négocie un poste d’assistant présidentiel et un bureau à la Maison-Blanche. Dans le cadre de ses nouvelles fonctions, il se choisit encore comme assistant Richard Cheney et recrute également son ami Frank Carlucci, lequel venait de débuter une carrière d’agent de terrain à la CIA. Les trois hommes deviendront, chacun à leur tour, secrétaire à la Défense. Cette amitié dure depuis toujours et s’entretient dans les couloirs des administrations américaines.

Rumsfeld occupera finalement la direction du département de la défense juste avant que ne surviennent les attentats du 11 Septembre et démissionnera après la campagne désastreuse de l’Irak.

Mais la vraie première mission de Rumsfeld, c’est George Shultz(2), secrétaire d’Etat dans le gouvernement de Ronald Reagan, qui la lui confie lors des attentats de Beyrouth du 23 octobre 1983 (3) durant la guerre du Liban : 61 militaires français trouvent la mort dans l’attentat-suicide au camion piégé du Drakkar alors qu’au même moment un attentat similaire tue 241 soldats américains. Les circonstances de ces attentats sont encore troubles et polémiques, ils seront revendiqués par le Mouvement de la révolution islamique libre, puis par le Jihad islamique.

Rumsfeld reprend du service comme émissaire spécial au Proche-Orient . Cette tournée lui permet de rencontrer son « vieil » ami Sadam Hussein. A cette époque le dictateur est en odeur de sainteté à la Maison Blanche. C’est Rumsfeld qui lui délivrera les fameuses armes chimiques qui occasionneront les massacres de Kurdes. Il sera très facile pour Rumsfeld de suspecter Sadam Hussein d’en posséder, en 2003, avec la parodie de Colin Powell à l’ONU (4) et de ses preuves fabriquées. Ce dernier était coutumier du mensonge puisque la guerre du Golfe, en 1991, se fera grâce au faux témoignage de la fille de l’ambassadeur du Koweit à l’ONU, jouant le plus funeste rôle de sa vie avec le récit des bébés tués par les soldats de Sadam Hussein. C’est la société de désinformation « Hill and Knowlton » (5) qui lui soufflera son texte macabre.

La coopération guerrière entre Rumsfeld et Sadam en 1983 sera d’autant plus intéressante pour Washington qu’elle permettra de renforcer la présence américaine dans le Golfe Persique et contrebalancera l’influence de l’Iran, autre pays financé par les Etats-Unis et premier régime théocratique imposé par Brzezinski suite au renversement du Shah. (6)

Mais la présence des USA dans le Golfe cache aussi l’aide de la CIA aux combattants Afghans dirigés par ben Laden contre l’ennemi soviétique. Rumsfeld était au courant de ces agissements et c’est le Nouvel Observateur du 20 janvier 1998 qui racontera les révélations de l’ancien conseiller de Carter : Zbigniew Brzezinski. L’article explique que l’ancien directeur de la CIA Robert Gates affirme dans ses Mémoires que les services secrets américains ont commencé à aider les moudjahidine afghans six mois avant l’intervention soviétique. Mais la réalité, gardée secrète jusqu’à présent, est tout autre.

D’après Brzezinski , c’est en effet le 3 juillet 1979 que le président Carter a signé la première directive sur l’assistance clandestine aux opposants du régime prosoviétique de Kaboul. Et ce jour-là, il a écrit une note au président dans laquelle il expliquait qu’à son avis cette aide allait entraîner une intervention militaire des Soviétiques. « Cette opération secrète était une excellente idée. Elle a eu pour effet d’attirer les Russes dans le piège afghan et vous voulez que je le regrette ? Le jour où les Soviétiques ont officiellement franchi la frontière, j’ai écrit au président Carter, en substance , nous avons maintenant l’occasion de donner à l’URSS sa guerre du Vietnam. » De fait, Moscou a dû mener pendant presque dix ans une guerre insupportable pour le régime, un conflit qui a entraîné la démoralisation et finalement l’éclatement de l’empire soviétique ». (7)

Brzezinski choisira ben Laden en tant que chef du Jihad, son nom d’agent de la CIA était Tim Osman (8). Ben Laden aura deux casquettes : celle du libérateur de l’Afghanistan et surtout celle du combattant de la Ligue Anti Communiste Mondiale puisque reagan qualifiait les soviétiques « d’Empire du mal ».

Il sera étrange de voir qu’après la nomination de Rumsfeld au Pentagone en 2001, les deux alliés des USA, Sadam Hussein et ben Laden, deviennent ses deux plus grands ennemis menant ainsi de front la guerre au terrorisme et celle contre les armes de destruction massives.

Le destin voudra que les anciens camarades de l’administration Reagan Rumsfeld et Cheney se retouvent en janvier 2001 dans l’équipe ministérielle de Bush. Cette coeîncidence mérite toute notre attention pour mieux comprendre la future stratégie de ces futurs va-t-en guerre. George Shultz eut le rôle important de mettre sur pied l’équipe qui sélectionna George W. Bush pour la présidentielle de 2000. Selon l’auteur James Mann (9) qui a écrit « La montée des Vulcains », livre sur le cabinet de Bush, Shultz a lancé un débat avec lui au printemps 1998. Le futur président était assis dans le salon du campus de l’Université de Stanford, afin d’être approuvé pour concourir à la présidence. Lors de cette réunion il y avait Martin Anderson, ancien conseiller à la fois de Richard Nixon et de Ronald Reagan, Abraham Sofaer, ancien conseiller de Shultz, John Cogan et John Taylor, deux professeurs d’économie et Stanford Provost. Bien sûr, il y avait Condoleezza Rice, la protégée de Shultz.. D’après les chercheurs associés de la Hoover Institution, ils ont indiqué que Bush serait le meilleur candidat pour être président. Après l’été, Bush invitera Shultz, Rice, et Anderson au Texas pour une réunion. Dick Cheney et Wolfowitz les rejoindront et c’est à ce moment là que sera prise la décision publique de nommer Bush à l’investiture des présidentielles américaines.

Rumsfeld -Shultz -Cheney, le ticket gagnant.

Pourquoi Rumsfeld ne participait-il pas à cette réunion ?

Eh bien comme tous les futurs faucons du Pentagone il n’était pas loin de George Shultz afin d’élaborer une nouvelle stratégie.

En 1997 naît le think tank « Project for a New American Century » (10). A cette époque, une lettre est envoyée au Président Clinton pour déclarer la guerre à l’Irak. Parmi ses signataires se trouvent Rumsfeld et Shultz.

Mais le fait marquant de 1998 est la disgrâce des vieux amis de la Maison Blanche : Sadam Hussein et Ben Laden, le nouvel « Axe du Mal ». Les prémices de la guerre au terrorisme commencent avec les attentats des ambassades américaines de Tanzanie et du Soudan. Ces attentats sont attribués à ben Laden et en représailles Clinton bombarde l’usine pharmaceutique Al Shifa au Soudan, suspectée de fabriquer des armes chimiques. Mais selon le réseau Voltaire, l’ordre émane de deux personnes ayant des intérêts dans l’industrie pharmaceutique, Shultz et Rumsfeld.

Tous deux sont actionnaires du laboratoire Gilead, concurrent de l’usine Al Shifa et de sa fabrication de médicaments génériques sans licence contre le SIDA. Mais ce n’est pas tout. De janvier 1997, jusqu’à ce qu’il devienne le 21e secrétaire à la Défense en janvier 2001, Donald Rumsfeld, président du conseil d’administration de Gilead Sciences a développé le Tamiflu, utilisé dans le traitement de la grippe aviaire. D’après le magazine Fortune, M. Rumsfeld possédait entre 5 et 25 millions de dollars d’actions dans la société.

À la suite de cette révélation, le journal Libération rapporta qu’il avait déjà pensé vendre ses actions en début d’année, lorsque la question d’une pandémie possible commençait à se poser. Puis, après avoir consulté le Comité d’éthique du Sénat, les services juridiques de la Maison Blanche et le département de la Justice, il décida de ne pas vendre. Quelques jours plus tard il s’abstint de toute participation aux décisions concernant la grippe aviaire. La moindre des prudences quand on sait que le Pentagone a déjà commandé pour 58 millions de dollars de Tamiflu pour les soldats US dans le monde. (11)

La création de l’OSI : organisme de désinformation massive.

En novembre 2001, dans le plus grand secret, le Pentagone créait le « Bureau d’influence stratégique »(12) [ Office of Strategic Influence - OSI ] ayant pour mission de lancer des campagnes de désinformation auprès des presses étrangères dans le cadre de la guerre contre le terrorisme international. Cette création s’inscrit avant tout dans la rivalité entre les départements de la Défense et d’Etat, et surtout la CIA, chargée officiellement des mesures actives (comme les opérations de désinformation, d’intoxication…).

Il semblerait par ailleurs que ce soient les services chargés de l’information militaire classique qui auraient organisé la fuite dans le New York Times révélant l’existence de ce bureau en février 2002. Ces derniers estimaient en effet que l’OSI pourrait saper la crédibilité des informations communiquées par le département. Le chef du bureau, Simon Worden, général de l’US Air Force, déclara qu’il « considérait sa mission comme large, allant de campagnes noires utilisant la désinformation et d’autres activités secrètes, aux relations publiques blanches faites de communiqués véridiques. » Libération, 20/02/2002 .

Concrètement, les opérations pouvaient se traduire par la diffusion de tracts, d’emails camouflés, de journalistes chargés de répandre des échos formatés par le Pentagone ou encore, de manière plus agressive, par la diffusion de fausses informations ou par l’attaque de sites informatiques hostiles. George Bush supprimera cette officine de désinformation, alors que Rumsfeld lors d’une déclaration dira le contraire. (13)

La création des P2OG.

En optant pour une stratégie de désinformation Rumsfeld peut désigner à sa guise l’ennemi des Etats-Unis. Pour parachever cette doctrine voulue par le Pentagone, l’armée américaine prévoit de frapper et mener ses attaques là ou elle veut comme elle veut.

La cellule des P2OG aura pour objectif de lancer des opérations préventives, ce qui correspond parfaitement à la stratégie des attaques préliminaires depuis les attentats du 11 Septembre. Rumsfeld dira : « Notre tâche consiste à trouver et à détruire l’ennemi avant qu’il ne puisse attaquer. » (14) Et le président Bush : « Nous devons amener le champ de bataille jusqu’à l’ennemi et frapper les premiers. » (15) Ceci implique que les Etats-Unis attaqueront à l’endroit et au moment qu’ils auront choisis.

La souveraineté nationale est ainsi balayée d’un seul coup. Henry Kissinger déclarera : « C’est une vision nouvelle, révolutionnaire. Le principe des attaques préventives contre des ennemis potentiels signifie que la notion de non-ingérence dans les affaires internes n’est plus de mise. » (16)

Avant la destruction de l’Irak.

Nous avons vu que, dès 1998, Rumsfeld, Shultz et Cheney participent à la stratégie de la campagne présidentielle de 2000 en choisissant Bush comme tête de liste.

Qu’ont-ils pu négocier ?

La stratégie des « portes tournantes » ou privatisation des services du Pentagone, permet au complexe militaro-industriel de bénéficier de la manne financière du plus gros budget de défense au monde. Dans le think tank « Projet pour un nouveau siècle américain », il y a nécessité de reconstruire les forces armées américaines, mais aussi la destruction des Etats « voyous » par les guerres préventives. Et bien avant que la guerre contre l’Irak ne survienne, les principaux bénéficiaires de la reconstruction sont Shultz, Rumsfeld et Cheney.

La société Bechtel, numéro un mondial du BTP, dont Shultz est le PDG, reconstruira les villes du pays. Shultz préside par ailleurs le conseil d’orientation du “Comité pour la libération de l’Irak”, le lobby pro-guerre financé par Lockheed Martin fabriquant de missiles et technologies de guerre.

Gilead Science qui eut Rumsfeld comme directeur et qui a Shultz comme administrateur, vendra des médicaments dans le cadre de la prévention des attaques chimiques et biologiques. Halliburton, compagnie pétrolière qui reconstruit l’essentiel des installations de forage et de raffinage après la guerre de 1991, avait à sa tête Dick Cheney, ex-secrétaire à la défense du président Bush père pendant la guerre du Golfe et vice président des USA maintenant. Ensemble, ils vont commander la destruction de l’Irak en présentant de fausses preuves d’armes de destruction massive via Powell, ex-général de la première guerre du Golfe. On ne peut que constater que l’on ne travaille bien qu’entre amis. (17)

Le scandale des armes de destructions massives et de la torture.

Les preuves de présence d’armes de destructions massives montées par Powell retourneront le conseil de sécurité de l’ONU. Wolfowitz confirmera la nullité de ces preuves de même que la presse mondiale, mais selon les penseurs du Pentagone, l’Irak doit être libérée de son dictateur. La guerre en Irak verra bon nombre de soldats tués et l’opinion américaine basculera lors du scandale des milices privées du Pentagone d’Erik Prince directeur de la société Blackwaters.

Ces mercenaires, anciens militaires courrant la solde, tueront des civils irakiens sans motifs et sans remord. Ils pousseront Rumsfeld à la démission malgré sa justification de la campagne irakienne. Avec un budget historique de plus de 400 milliards de dollar,s l’armée américaine s’enlise dans les scandales et les dépenses immodérées.

L’autre scandale responsable de la démission de Rumsfeld est celui de la prison d’Abu Ghraib. Selon le CCR basé à New York, l’ancien responsable du Pentagone a personnellement donné l’ordre et donné son feu vert à la torture dans cet établissement.

La plainte constituée de plusieurs centaines de pages a été déposée au nom de douze victimes présumées de mauvais traitements physiques et psychologiques(18). Il s’agit de onze Irakiens incarcérés à la prison d’Abou Ghraïb à Bagdad (19), ainsi que de Mohamad al-Qahtani, un Saoudien toujours détenu à Guantanamo. Selon ses accusateurs, cet homme, capturé en décembre 2001, devait participer aux attentats du 11 Septembre.

D’après des témoignages devant le Congrès américain, corroborés par une enquête militaire américaine en juillet 2005, Mohamad al-Qahtani n’ayant rien avoué lors d’interrogatoires normaux, Donald Rumsfeld aurait donné son aval pour des méthodes plus dures afin d’obtenir des aveux. Le détenu saoudien a notamment été forcé à porter un soutien-gorge, à danser avec un autre homme, à se comporter comme un chien et à rester nu devant des femmes. Rumsfeld démissionne au mois de décembre 2006,et il est remplacé par l’ex-responsable de la CIA Robert Gates.

L’après Pentagone.

Rumsfeld, après sa démission en 2006, classe ses archives personnelles et bénéficie d’un bureau que lui met à disposition l’administration Bush, afin de pouvoir réunir ses écrits et rédiger ses mémoires. Malgré sa relative inactivité, la venue de Rumsfeld en France fin 2007 ressemblait à la visite d’un chef d’Etat. Il était à l’Union interalliée, située entre l’Elysée et l’ambassade américaine, invité par l’éditeur français de Foreign Policy. (20)

Il fera une déclaration caustique sur les prétendants à la Maison Blanche : « La seule chose que je peux vous dire concernant la prochaine campagne présidentielle, c’est qu’elle prendra fin en décembre 2008 ! C’est la première fois depuis des lustres que je ne suis pas concerné. Et c’est tant mieux , je trouve qu’Hillary n’est pas du tout aimable. Et que Rudolph Giuliani n’est pas loin de lui ressembler ! » (21). Cet homme d’influence ne peut rester dans l’inaction. Le destin de Rumsfeld le rapprochera encore une fois de George Shultz en devenant membre de la Hoover Institution. le groupe de réflexion conservateur a annoncé dans un communiqué de presse qu’il participe à différents travaux avec des chercheurs et experts qui se concentreront sur les questions relatives à « l’idéologie et la terreur ».(22) Mais n’en doutons pas, cet homme de pouvoir ne restera pas les bras ballants, ruminant sa démission et son échec en Irak.

Son espoir demeure en la création de sa fondation en vue de former une élite pour les futurs employés de l’administration américaine. Au travers de ceux-ci, il reste un pygmalion de Washington.

De la lumière à l’ombre, Rumsfeld a été un fidèle de la Maison Blanche et fera peut être reparler de lui dans un futur proche,tant sa vie fut remplie de rebonds miraculeux et opportuns.

La rédaction Geopolintel

1 http://fr.wikipedia.org/wiki/Donald...

2 http://fr.wikipedia.org/wiki/George...

3 http://www.drakkar-1983.org/index1.html

4 http://www.un.org/News/fr-press/doc...

5 http://fr.wikipedia.org/wiki/Affair...

6 http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A...

7 http://www.michelcollon.info/articl...

8 http://whatreallyhappened.com/WRHAR...

9 http://www.washingtonpost.com/wp-dy...

10 http://www.newamericancentury.org/

11 http://money.cnn.com/2005/10/31/new...

12 http://www.voltairenet.net/article8...

13 http://www.rsf.org/article.php3?id_...

14 http://www.latimes.com/la-op-arkin2...,0,7355676.story

15 The New York Times, discours de Bush à l’académie militaire de West Point, 2 juin 2002

16 http://www.elpais.com/articulo/inte...

Pentagono/planea/enviar/comandos/todo/mundo/acabar/Qaeda/elpepipor/20020813elpepiint_5/Tes/

17 http://www.voltairenet.org/article1...

18 http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/pa...

19 http://fr.wikipedia.org/wiki/Prison_d’Abou_Ghraib

20 http://blog.multipol.org/post/2007/...;:-Une-plainte-pour-torture-deposee-en-France-contre-Rumsfeld

21 www.jeuneafrique.com/jeune_afrique/...

22 http://www.usatoday.com/news/washin...

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