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Germanophobie française ou otanienne ?

Pierre Dortiguier

mardi 6 décembre 2011

Ce n’est pas être un auteur à paradoxes que de soutenir la pression exercée sur l’Allemagne par la France et dont la rare exception fut le général de Gaulle qui savait la valeur de cet adversaire et concurrent sérieux qui au cours des siècles a plus été envahi qu’il ne nous a occupé.

Le dernier mot de Montebourg comparant la Chancelière au Chancelier de fer, prince de Bismarck, par ailleurs excellent connaisseur de notre pays et de sa littérature, est parfaitement lisible dans le livret de cet orateur socialiste sur la mondialisation. Il y est prétendu que tous les pays européens s’appauvrissent comparativement à l’Allemagne et à sa sœur qu’est la vraie Hollande, Flandre comprise. Et pareil propos ressemble aux affiches grecques et à leur obsession de représenter cette femme élevée par un père protestant soumis au régime imposé par les Soviétiques, dans la même tenue que le Chancelier célèbre dont un Churchill avait dit les mérites intérieurs.

M.Hollande serait aussi rancunier contre un pays qui en est encore au stade éthique, celui de la fourmi dans le fabuliste, et à ce propos tous les entomologistes reconnaissent que ces espèces pourraient mieux que nous traverser l’enfer du feu nucléaire. Mais ceux qui ont écouté le discours de Nicolas Sarkozy tenu à Toulon ont aussi observé les balancements rhétoriques qui équilibrent la coopération avec l’Allemagne par une menace sourde d’avoir à se défendre en cas de danger. On aimerait bien savoir lequel.

Mais davantage d’érudition s’impose pour éclairer cette animosité et ce que nos grands hommes politiques ne disent pas tout haut ou très fort, un fantôme du passé peut nous le dévoiler. Nous avons évoqué Churchill et nous citerons son secrétaire de temps de guerre promu premier secrétaire général de l’OTAN, cet instrument de la stabilité mondiale, comme il se veut être. Cet Anglais a su formuler tout l’art politique, militaire et économique européen, sinon mondial, dans ses conséquences. Le propre de l’organisation atlantique rejointe par Sarkozy en son unité de commandement, et ce geste n’est point critiqué par les socialistes ou les Vert à la Joly qui approuvaient au contraire l’écrasement libyen, est, pour reprendre les termes du secrétaire de Churchill, une véritable trinité, à savoir tenir les Américains en Europe, les Russes dehors et les Germains en dessous, à la cave. Les autres peuvent cligner de l’œil en croyant apercevoir le soleil montant de la démocratie européenne étendu à la méditerranée détyrannicisée, mais les Allemands, dans cette nouvelle Caverne de l’Europe platonico- caméronienne ou sarkosiste et éventuellement, si le Département d’Etat le jugeait utile montebourgeoise, ont le tort de rester « depuis l’enfance » - pour reprendre les mots du surnommé Platon dans son Allegorie de la Caverne - attachés aux parois, aux murs du travail régulier et sujets à la méfiance générale.

Pourvu que ça dure, cette parole de la mère de Napoléon peut s’appliquer aux Nouveaux Français, entendons un Sarkozy régénéré par le feu de la crise, comme il parait que ce serait le cas du dit Phénix qui était peut être autre chose qu’un oiseau des contes persans, ou un Hollande qui croit trop que l’inertie est la prudence du candidat.

Quelle est cependant l’attitude de la France profonde ? Elle sait que notre mal est interne et non pas l’effet d’une épidémie européenne. Elle constate que sans l’aide allemande nous serions mals en point et cette impression est accrue par une génération immigrée de l’Est ou du Maghreb qui a le regard innocent sur la manière de vivre et d’éduquer, de former au métier en Allemagne. Le Français moyen qui juge le monde par la qualité des voitures, succombera toujours aux yeux de Mercedes. Et ce sentiment favorisera le candidat qui paraîtra le mieux vouloir écouter le premier de la classe européenne et qui gagne une place mondiale que ses concurrent n’espèrent affermir et augmenter qu’à coup de conflits, d’intrigues et de chants de cigale humanitaires, quitte à menacer les récoltes syriennes, iraniennes et autres. Rien n’arrête le fantôme dans son château hanté, sauf la lumière du jour et la prière de l’aube, selon une habitude dualiste antique accueillie par l’Islam réel et demeure métaphysique, avec l’ordre divin qui s’y attache.

Voir en ligne : frenchirib

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