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Covid : Projet de la prison smart City sanitaire des GAFA

samedi 24 juillet 2021


La CNIL s’inquiète que le fichier des dépistages covid devienne un fichier policier.
Si la CNIL ne s’oppose pas à l’extension du passe sanitaire, sa présidente, Marie-Laure Denis, a alerté hier, les sénateurs de la commission des lois. Elle a demandé aux parlementaires de fixer des garde-fous à un texte qui « porte une atteinte forte » aux libertés. Parmi ses inquiétudes, le fichier sanitaire SI-DEP, celui des tests covid-19 qui pourrait être utilisé par les forces de l’ordre.

  • Un bracelet électronique pour les non vaccinés. Cette idée a été proposée par le Sénat.

Crises sanitaires et outils numériques : répondre avec efficacité pour retrouver nos libertés.
Rapport d’information n° 673 (2020-2021) de Mmes Véronique GUILLOTIN, Christine LAVARDE et M. René-Paul SAVARY, fait au nom de la délégation sénatoriale à la prospective, déposé le 3 juin 2021

Omniprésent dans nos vies, le numérique a été omniprésent dans la crise sanitaire. La hausse spectaculaire de certains usages a permis d’assurer la continuité de la vie économique et sociale, alors que la moitié de l’humanité était confinée, et l’exploitation des données a contribué à faire avancer la recherche scientifique à une vitesse inédite. Toutefois, c’est son utilisation dans le cadre de dispositifs de gestion de crise, et plus particulièrement de contrôle des restrictions sanitaires, qui pose les questions les plus difficiles - et constitue l’objet du présent rapport.

  • Premier pays touché mais aussi premier pays à lever les restrictions, la Chine a, dès le mois de mars 2020, mis en place un dispositif analogue à ce qu’est aujourd’hui le « pass sanitaire », adopté par la France et la plupart des pays européens (cf. infra). À l’époque, pourtant, il était bon ton de s’inquiéter de la « surveillance généralisée » induite par un tel dispositif, de l’avènement d’une « dictature sanitaire » et du « virus de l’autoritarisme ».
  • Une spécificité de Hong Kong mérite d’être signalée : le recours à des bracelets électroniques pour assurer le respect de la quarantaine, en complément d’autres mesures telles que les visites inopinées, les appels vidéo surprise, et bien sûr les sanctions dissuasives (amende de 641 dollars et 6 mois d’emprisonnement). Délivré à l’aéroport, ce bracelet doit obligatoirement activé à l’arrivée sur le lieu de quarantaine (souvent un centre dédié) via l’application StayHomeSafe, et tout changement de position est enregistré et notifié aux autorités, c’est-à-dire le département de la Santé mais aussi la police.
  • Or il apparaît de plus en plus clair que la stratégie « zéro Covid » est plus efficace que la stratégie d’atténuation. Dans une étude remarquée publiée le 28 avril 2021 dans The Lancet23(*), des chercheurs issus de plusieurs disciplines ont comparé les effets des deux stratégies dans les 37 pays de l’OCDE sur une durée de 12 mois. Il apparaît clairement que les cinq pays qui ont choisi la stratégie d’élimination - Australie, Nouvelle-Zélande, Islande, Japon et Corée du Sud - ont obtenu de meilleurs résultats, non seulement en matière de santé, objectif premier des mesures, mais aussi en matière économique et en matière de protection des libertés.
  • En Israël, c’est le service de renseignement intérieur, le Shin Bet, qui a été chargé en mars 2020 par le gouvernement d’identifier les cas contacts, en croisant des données de localisation et des réseaux sociaux, avant que la Cour suprême ne l’interdise.
  • LES GAFA FACE AU COVID-19

Par la quantité et la diversité des données qu’ils collectent sur chacun d’entre nous, par leur maîtrise des technologies les plus avancées, et plus généralement par leur importance désormais systémique dans la vie économique et sociale, les géants du numérique se sont trouvés en position de jouer un rôle majeur dans la gestion de l’épidémie, parfois à l’égal des États, si ce n’est en position de force par rapport à eux.

  • contrat passé entre le National Health Service (NHS) britannique et la société Palantir (CIA) pour exploiter grâce à l’intelligence artificielle les données relatives à la crise du Covid-19, avec toutes les questions que cela soulève en matière de souveraineté et de protection données personnelles.
  • Les termes tapés dans le moteur de recherche de Google, associés à leur localisation géographique via l’adresse IP, constituent un indicateur assez précis de l’évolution de l’épidémie, et sont susceptibles de pallier les insuffisances des systèmes publics de surveillance épidémiologique, du reste bien plus problématiques aux États-Unis qu’en France.
  • Facebook, projet Data For Good
    Des données de mobilité sont également disponibles via Facebook. Les graphiques ci-dessous font ainsi apparaître, pour chaque État brésilien, l’évolution des déplacements de la population, mesurée par le nombre d’endroits différents visités chaque jour33(*). Ces données peuvent constituer un bon indicateur du respect des mesures de confinement ou de couvre-feu (les habitants restent-ils chez eux ou se rendent-ils au contraire dans de nombreux endroits différents chaque jour ?).

Senat

Quand les GAFA construisent nos villes

Urbanattitude

C’est un pas de géant que s’apprête à franchir Google dans son entreprise d’intégrer de la connectivité dans tous nos appareils du quotidien. A Toronto et à Villiers Island, une filiale du géant américain, SidewalksLabs, s’est vue confier la création de quartiers entiers connectés qui devraient voir le jour en 2021 et 2023. Après avoir connecté entre eux nos smartphones, montres, lunettes, voitures, enceintes et appareils électroménagers, les GAFA s’attaquent donc désormais à la réalisation de nos villes, pour le meilleur et pour le pire.

La ville connectée, plus sûre, plus propre et plus efficace

La smartcity pensée par Sidewalks Labs sera une ville plus sûre. Elle le sera certes par la surveillance qu’elle pourra exercer, la géolocalisation des citoyens, la reconnaissance faciale associée aux caméras de surveillance… mais pas seulement ! Elle le sera aussi par la sécurisation des installations comme le chauffage des pistes cyclables pour éviter le gel ou une gestion plus sûre du trafic grâce à la conduite autonome.

La ville 2.0 pourra également repenser le système de santé et le parcours de soin des patients, y intégrant les données de nos appareils connectés, nos habitudes alimentaires ou encore nos déplacements, donnant ainsi aux médecins et autorités sanitaires des données précises sur chaque patient mais aussi des statistiques sanitaires précises en temps réel.

Penser la ville intelligemment, c’est aussi lui permettre de diminuer son empreinte écologique en pensant de A à Z sa production et sa dépense d’énergie, en limitant les distances parcourues pour se rendre au travail ou faire du shopping. De plus elle pourra mettre en place des feux de circulation intelligents pour éviter les bouchons ou encore en mettant à contribution des robots pour trier nos déchets à notre place.

Enfin, la ville de Google offrira aux citoyens une expérience personnalisée. Grâce à une identification facilitée de chacun des habitants, l’accès aux logements, aux services publics, aux installations que comptera la métropole se fera de manière simple et intuitive.

La smartcity, antichambre de 1984 ?

Mais certains commencent à s’inquiéter de cette opportunité qu’a Google de s’occuper de l’urbanisme de nos villes. Car si la smartcity est un concentré de technologies, elle fonctionne également grâce à la collecte de données. Où vivez-vous ? Où travaillez-vous ? Où faites-vous vos courses ? Dans quels quartiers surviennent le plus fréquemment tel ou tel problème de santé ? C’est en répondant à ces questions en temps réel que Google entend construire et faire évoluer la ville selon nos besoins.

Mais le danger lorsqu’une ville pense à votre place, c’est qu’elle finisse par se substituer à vous, qu’elle prenne pour vous les décisions qu’elle jugerait meilleures non pas pour votre personne mais pour la communauté ou, plus grave encore, pour l’entreprise qui la gère.

Un enjeu politique tout autant qu’économique

Des bulles informationnelles ont commencé à émerger sur les réseaux sociaux et en premier lieu sur YouTube, plateforme gérée par…Google ! Il s’agit d’une personnalisation à l’extrême dans laquelle les internautes ne voient apparaître que des contenus et des personnes correspondant à leurs goûts et à leurs opinions. La politique de la ville est un fondement de notre vie démocratique et de nos rapports sociaux, de notre confrontation à l’autre, aux conflits, aux dangers et aux rapports de force qui font notre société. A trop vouloir nous rendre la vie agréable, la ville made in Google peut risquer d’aller trop loin et de nous couper d’une partie du monde qui pourrait nous déplaire.

Nous devons aller (et nous irons) vers des villes plus intelligentes, mieux pensées, mieux organisées et faisant appel à des technologies novatrices telles que l’intelligence artificielle ou encore la conduite autonome. Mais tout comme l’intelligence artificielle, la smart city représente un enjeu politique tout autant qu’économique. Ainsi, les contenus des contrats de partenariats entre États, collectivités territoriales et entreprises privées seront déterminants.

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