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Accord avec la Russie sur l’or noir en mer Caspienne

mercredi 21 avril 2010

Archive 1998

Kazakhstan : et maintenant, la bataille des oléoducs. Le ministre des Affaires étrangères détaille les projets.
La signature lundi par le président russe, Boris Eltsine, et son homologue kazakh, Noursultan Nazerbaïev, d’un accord sur le partage des réserves de pétrole dans la partie septentrionale de la mer Caspienne (Libération d’hier) va relancer ce qui, pour nombre d’experts, sera la bataille politique et économique dominante des prochaines années : le transport de l’or noir.

Dans un récent ouvrage Le grand Echiquier (1), Zbigniew Brzezinski, ex-conseiller pour la sécurité du président Jimmy Carter et, aujourd’hui, éminence grise de plusieurs compagnies pétrolières américaines, estime que les régions de la Caspienne et de l’Asie centrale seront le nouvel « axe du monde ». La seule mer Caspienne recèlerait dans son sous-sol au moins 100 milliards de barils de pétrole et 7,5 milliards de mètres cubes de gaz, selon les estimations de l’Institut français du pétrole. Toute cette région étant enclavée, les tracés des oléoducs et des gazoducs deviennent dès lors des enjeux fondamentaux, qui opposent, notamment, la Russie, les Etats-Unis, la Chine, l’Iran, et s’ajoutent aux différends surgis depuis la fin de l’URSS entre les pays riverains de la Caspienne ­ Russie, Kazakhstan, Azerbaïdjan, Turkménistan et Iran. L’accord conclu entre la Russie et le Kazakhstan constitue une amorce de règlement de l’exploitation de ces réserves. Il « permettra d’éviter une balkanisation du nord de la Caspienne », soulignait le président kazakh. Reste l’évacuation du pétrole, sur laquelle le ministre kazakh des Affaires étrangères, Kassymjomart Tokev, fait le point, à l’occasion d’une récente visite à Paris. Interview.

Parmi les différents projets d’oléoducs pour exporter le pétrole kazakh, quels sont ceux qui sont prioritaires ?

L’objectif le plus important, c’est l’accès aux mers. Le principe, c’est d’avoir plusieurs possibilités ["]. La priorité est l’oléoduc de la Caspienne, qui va permettre à partir de 1999 l’évacuation du pétrole kazakh. Il reliera Atyraou à la ville russe de Novorossisk (long de 1 580 km, il doit entrer en service d’ici à l’an 2000 pour un coût de 2,5 milliards de dollars, ndlr). Nous menons aussi des négociations sur la construction d’un tronçon d’oléoduc qui réunirait Atyraou à Samara, en Russie (sa remise en état nécessiterait un investissement de quelque 20 millions de dollars, ndlr). Ensuite, nous avons signé un accord de principe avec la Chine, qui a des besoins immenses en pétrole. Sa production n’est que de 145 millions de tonnes et ses réserves du Nord se réduisent petit à petit. L’oléoduc traversera tout le Kazakhstan (d’Atyraou à la ville chinoise d’Alashenko, dans le Xinjiang, soit plus de 2 800 km ; coût estimé à 2,6 milliards de dollars, ndlr).

Est-ce que Pékin a posé des conditions politiques, par exemple la limitation des activités des indépendantistes ouïgours qui ont trouvé refuge au Kazakhstan ?

Catégoriquement non. La Chine n’a posé aucune condition de principe. Cela dit, notre position est claire : nous n’acceptons aucun séparatisme dans aucun pays. Nous ne tolérerons aucune activité ni aucune manifestation.

Il y a aussi un troisième projet d’oléoduc ?

Le trajet d’un oléoduc traversant l’Iran est à l’étude. Ce projet est intéressant, car très rentable. C’est en effet le trajet le plus court. La construction ne coûterait que 700 millions de dollars.

Mais les Etats-Unis sont radicalement opposés à ce projet ?

Le projet le plus intéressant est l’oléoduc qui passe par Novorossisk, mais il n’est pas suffisant pour transporter tout le pétrole kazakh. Il faut donc un projet en remplacement. Or nous avons de bonnes relations avec l’Iran. La politique d’embargo mise en place (par les Etats-Unis, ndlr) contre ce pays n’est pas efficace, et nous l’avons dit à plusieurs reprises. Les compagnies américaines, comme Mobil, sont concernées et en souhaitent la levée. L’Iran est un pays autosuffisant qui occupe une place géopolitique très importante. Nous rencontrons souvent les dirigeants iraniens [« ]. De toute façon, nos choix ne seront pas la conséquence d’implications politiques ou idéologiques [ »]. Pour revenir aux oléoducs, il y a un dernier projet, celui qui réunit Bakou à Ceyhan, en Turquie (un choix que Washington essaye d’imposer au détriment de l’Iran, ndlr). Il a un grand intérêt, mais il faut d’abord faire des études techniques et financières approfondies.

Est-ce que la Russie fait pression pour que les oléoducs passent exclusivement sur son territoire ?

Je ne peux pas répondre pour le moment" Sur la question des oléoducs, il y a effectivement différentes stratégies qui s’affrontent.

(1) Le Grand Echiquier, Bayard, 1997.

Source : Libération PERRIN Jean-Pierre

http://www.liberation.fr/monde/0101...

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