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Le système monétaire international et ses relations avec l’or

lundi 7 juin 2010

Cet excellent texte écrit en novembre 1968 par Delphine Duchene est un prélude à la fin du Gold Exchange Standard décidé par Nixon en aoùt 1971.
Il reprend l’historique du système monétaire international depuis les accords de Bretton Woods (Gold Exchange Standard où seul le $ conserve une convertibilité en or, ce qui le consacre comme monnaie internationale des échanges) jusqu’à la crise française de 1968 , en passant par le POOL de l’or.

  • Tensions à Londres-
  • Atmosphère de crise à Washington-
  • Fièvre à la bourse de Paris-
  • Les dirigeants du FMI se réunissent à Stockholm-
  • A Bâle les consultations se poursuivent-

Depuis quelques années, le monde semble vivre en permanence au bord de la crise monétaire.

Dans l’ombre, tenants du statu quo et partisans d’un retour à l’Or poursuivent d’étranges règlements de compte.
Serait-ce l’hallali d’un système international laborieusement échafaudé il y a plus de 20 ans ?

Juillet 1944. Un peu partout, les armées allemandes refluent. L’Europe n’est plus qu’un champs de ruines. Un continent entier est pratiquement à reconstruire.

Les déléqués européens qui arrivent dans la petite ville américaine de Bretton-Woods pour un sommet économique allié n’en croient pas leurs yeux. La machine économique américaine tourne à pleine puissance.

Les rues sont animées, les vitrines regorgent de marchandises.
Tous ces produits, qui font cruellement défaut à l’Europe, sont disponibles, là, tout de suite,sur le marché américain.
Par la force des choses, la monnaie américaine va devenir la clé de voûte
du commerce mondial.

De toutes les monnaies d’avant guerre, le Dollar est la seule qui garde une valeur.

D’énormes réserves (les 3/4 du stock mondial d’Or monétaire)enfouies dans les caves de Fort Knox, permettentaux Etats Unis d’en garantir la convertibilité en Or...(à 35$/once).

Les experts, réunis à Bretton Woods, ne s’y trompent pas. Si l’Or subsiste encore comme base de référence dans le nouveau système (appelé GOLD EXCHANGE STANDARD), la suprématie de la monnaie américaine est telle qu’Or et Dollar deviennent pratiquement synonymes.

Un nouvel organisme, chargé en quelque sorte d’assurer une police monétaire, est crée : Le Fonds Monétaire International (FMI).

Le fonds doit aider (et obliger) ses adhérents à maintenir chez eux une stabilité monétaire suffisante.
Moyennant la promesse de pratiquer des réformes nécessaires, un pays en difficulté pourra trouver auprès de lui une aide provisoire.

Dans le monde, la chasse aux dollars commence.

Pour amorcer la pompe, les Etats Unis inventent l’aide Marshall (du nom du Général qui en fut le promoteur).

Ils prêteront à l’Europe les dollars qui lui manquent pour régler ses achats sur le marché américain.

Les pays occidentaux acceptent : l’aide Marshall les aidera à se relever rapidement, mais elle les asservit politiquement aux USA.

A l’Est, On refuse. La Tchécoslovaquie hésitante, rappelée à l’ordre pas Staline,doit s’incliner.

Le rideau de fer tombe, le bloc communiste se replie sur lui- même, à l’écart du commerce international.

En Occident,les échanges démarrent lentement.
L’assainissement prend 10 ans.
En 1958, les dernières restrictions aux échanges intraeuropéens disparaissent.
Le commerce mondial, libéré de ses entraves, connaît un boom sans précédent.

L’euphorie règne un peu partout.

Cepndant, des signes inquiétants commencent à se manifester. A la base de l’édifice,la situation du Dollar se détériore lentement.

Depuis le début des années 1950,la balance des paiements des Etats Unis est REGULIEREMENT DEFICITAIRE.

Ce déficit n’est pas provoqué par le commerce extérieur des Etats Unis. Il provient surtout des dépenses américaines à l’étranger : assistance technique, dépenses stratégiques, investissements industriels ou commerciaux.

En sept ans (1960/1967) le déficit global atteint 20 milliards de dollars

**(note de G.Sandro : 20 milliards en 7 ans... contre 31.4 milliards PAR MOIS en 2001...soit, tenez vous bien : 130,2 fois pire maintenant !!!)**

C’est peu par rapport au revenu national (800 milliards en 1967), mais c’est
BEAUCOUP TROP par rapport aux réserves d’Or de Fort Knox.

Pourtant, les premières années, le stock métallique américain ne diminue guère.

Les Etats Unis ont pris l’habitude de régler leurs déficits en dollars
(CE QUI NE LUI COUTE RIEN, IL LEUR SUFFIT D’EN FABRIQUER).

Le système en vigueur est d’ailleurs tel que le déficit américain constitue le seul moyen d’alimenter le commerce en moyens de paiement.

Le monde entier accueille avec emprèssement cette manne qui lui permet de développer ses échanges.
Puis, lorsque les affaires vont mieux,, les dollars s’accumulent dans des réserves des banques centrales.

De déficits en déficits ,les avoirs en dollars détenus par l’étranger finissent par atteindre un niveau inquiétant.

La 1re alerte se produit en 1960...Les élections américaines sont proches, et l’on prête à Kennedy l’intention d’naugurer son mandat par une dévaluation.

Sur le marché libre de l’Or,réouvert en
1954, les cours montent brusquement à 40 dollars l’once.

Situation intolérable pour Washington, qui entend maintenir le prix de 35 dollars par once.

Pour y parer, les Etats Unis constituent avec l’aide de le France, (qui s’en retirera par la suite) un POOL de l’Or.

Chaque fois que les cours menacent de dépasser 35 dollars, le Pool intervient en vendant.

Le marché Londonien apparaît bientôt comme un gouffre sans fond, que le trésor américain s’efforce de combler.

En 1964, deuxième alerte : La France réclame aux Etats Unis la conversion en Or de ses réserves en Dollars.

Un an plus tard, le Général De Gaulle dénonce brutalement un système qui permet aux Etats Unis de financer leur développement grâce au déficit de leur balance des paiements et d’investir en Europe sans bourse délier.

C’est là, déclare-t-il, à la fois une insulte au bon sens et une injustice catactérisée.

Coup bas destiné à aggraver nos difficultés estiment les américains.

De fait, celles -ci grandissent de jour en jour.

La confiance faiblit. Les détenteurs de dollars s’inquiètent. Une dévaluation de la devise américain cesse d’être tout à fait impensable.

Les deux actes suivants se jouent à Londres.

Souveraine déchue,la Grande Bretagne traîne à ses basques les derniers lambeaux d’un empire perdu.

Il lui reste des dettes qu’elle ne peut rembourser et des créanciers qu’il lui faut rassurer.

Coincée entre la stagnation et la dévaluation, elle s’accroche au dollar,Harold Wilson, acculé, finit par dévaluer.

La panique se propage et les spéculateurs se ruent sur l’Or.

A Fort Knox, les réserves baissent toujours.

En mars 1968, les Etat Unis déclarent forfait. Ils obtiennent la fermeture du marché de Londres.

A la hâte, on replatre. La couverture or du Dollar est levée.

Les autorités monétaires se réunissent à Washington.

Un double marché de l’Or est créé : un marché officiel ou les banques centrales maintiennent le cours de 35 Dollars l’once, et un marché libre, où elles
n’interviendront plus.

Le Pool de l’Or, qui n’a plus de raison d’être, se fait Hara-Kiri.
Pour les américains, c’est une catastrophe nationale, comparable à Pearl Harbour.

A Paris, les partisans de l’Or marquent des points.

Forte de ses cinq milliards de dollars d’Or, la France a gagné la première manche de la bataille.

La situation n’est pas stabilisée pour autant.

Rien ne permet de penser que le déficit américain est près de disparaître.

Une sorte de trêve va pourtant s’instaurer.

C’est la grande ambiguité de cette drôle de guerre qui oppose la France et les Etats Unis sur le front monétaire.
Tous les coups n’y sont pas permis.Certains risquent de faire sauter l’échiquier .
Chacun pousse ses pions, contraindre l’adversaire à reculer, l’obliger à négocier en position de faiblesse.

Il est trop difficile de prévoir quel serait le gagnant d’une crise mondiale et personne n’est prêt à courir le risque.

La France va d’ailleurs à son tour,rencontrer de sérieuses difficultés financières.

En qielques jours, le Franc, une des monnaies les plus fortes du monde, est à ce point menacé qu’on parle de le dévaluer.

Comment s’explique cette soudaine dégradation ? en mai
1968, une crise sociale d’une ampleur sans précédent(10 millions de grévistes pendant 03 semaines)paralyse l’économie française, provoquant un exode massif de capitaux vers des pays moins agités.

Les réserves de la Banque de France diminuent à vue d’oeil.

Dans le même temps, les travailleurs obtiennent des avantages financiers qui paraissent considérables, surtout pour une économie affaiblie par un arrêt de la production pendant un mois.

La menace de l’inflation, jugulée avec tant de difficultés par le passé, reapparaît.
Ces augmentations de salaires ne vont-elles pas se répercuter sur les prix ? pour maintenir la compétitivité des prix français,
le gouvernement ne sera-t-il pas obligé de dévaluer ?

A l’étranger,on le craint de plus en plus ouvertement.

Les banques étrangères refusent une monnaie qui risque de perdre du jour au lendemain une partie de sa valeur.

Le Franc n’est plus coté.

Il faudra plus de 3 mois pour normaliser la situation.

S’il apparaît alors que l’économie a bien supporté le choc,tout danger n’est pas écarté.

Pendant ce temps,les Etats-Unis ont repris provisoirement la situation en main.

Le dollar n’est plus « as good as Gold », mais il a la vie dure.

Pourtant, la preuve est définitivement faite qu’une refonte totale du système monétaire devra tôt ou tard intervenir.

Divers projets d’origine française proposent tous à quelques variantes près un retour à l’Or.

L’étalon Or, disparu dans les remous de la première guerre mondiale, n’a pas cessé de hanter les mémoires.

Il appartient à ce folklore de la « Belle Epoque » où les fortunes étaient si stables et les braves gents si heureux"...

L’Or, nous dit-on, est seul capable de maintenir l’équilibre.

ON NE TRICHE PAS AVEC L’OR, ON EN POSSEDE,OU OU ON EN POSSEDE PAS.

Il assure automatiquement l’ajustement des échanges. Plus d’un demi siècle d’expérience (1844-1914) le prouve.

Pour séduisante qu’elle soit, l’hypothèse soulève de sérieuses objections.

Moins de 40 % des réserves mondiales sont encore constituées d’Or.

Rétablir l’étalon-Or aboutirait à diminuer de moitié le volume des liquidités internationales.

Cela s’accompagnerait fatalement d’une crise économique très profonde : diminution des échanges internationaux, recul de la production et de l’emploi.

Certes, il est toujours possible de réévaluer le métal jaune,dont le prix, arbotrairement bloqué à 35$/once, est parfaitement artificiel.

Mais sur quelle base ? Qui en déciderait ?
Et pourquoi accorder un tel avantage aux pays producteurs d’Or comme l’Afrique du sud ou l’URSS ?

Radicalement opposées, les propositions du professeur Triffin (USA) préconisent l’abandon des monnaies nationales comme moyens de paiements internationaux et la création du FMI en banque centrale mondiale, chargée de créer et de gérér un monnaie internationale.

Ce système existe d’ailleurs déjà à l’état embryonnaire sous la forme des « droits de tirage ». Il suffirait de le perfectionner et de le développer.

Dans l’immédiat,les thèses du professeur Triffin ont peu de chances de faire l’unanimité.

Comment éviter que les pays les plus riches ne s’emparent des commandes et ne fassent fonctionner le système à leur seul profit ?

L’expérience a prouvé que les pays anglo-saxons n’ont eu aucun mal à établir leur suprématie sur l’actuel FMI...

Le système monétaire international est resté
trop longtemps une affaire de famille, une sorte de club réservé aux puissants de ce monde.

A bretton Woods,les pays sous-développés, englobés dans les empires coloniaux, n’ont pas eu droit à la parole.

Ils souffrent aujourd’hui d’une pénurie de devises qui les condamne à la stagnation et menace, à long terme, léquilibre du monde.

Une réforme monétaire devrait tenir compte de leurs besoins.

Déjà plusieurs projets existent dans ce sens.

A Cambridge, le professeur Kaldor, à Amsterdam, Jan Tinberghen, proposent de créer une nouvelle monnaie internationale basée sur des stocks de matières premières.
L’avenir appartient peut-être au « BANCOR ».

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