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Gilets Jaunes - Acte XVIII, Le Fouquet’s en flamme

dimanche 24 mars 2019

Ainsi les méchants Gilets Jaunes, ou les casseurs associés, ont osé mettre le feu, le 16 mars 2019, au temple du bling-bling, le fameux Fouquet’s, situé à l’angle de l’avenue George V et des Champs Élysées et rendez-vous des douairières, de leur gigolos et de la faune dorée en provenance des pétromonarchies. Un lieu éminemment symbolique où l’arrogance fut faite roi en la personne du triste sire Sarkozy venu célébrer le 6 mai 2007 la victoire de la République bananière, du fric, des frères, des copains et des coquins. Cependant, pour faire mentir l’idée reçue que la plèbe serait sans mémoire, constatons a contrario que cet incendie nous indique que les foules sont peut-être douées d’une mémoire d’éléphant. Un animal quadrupèdique monumental qui remâche longtemps l’humiliation subie avant de piétiner celui qui le lui a infligée.

Invité le 22 février 2012 sur France 2, Sarkozy, le pauvret, semblait lui-même avoir découvert (mais un peu tard) la pertinence et la permanence des symboles lorsqu’il s’exclamait à l’évocation de ce pas de clerc (l’indécente fiesta du Fouquet’s) : «  franchement si c’était à refaire, je ne reviendrais pas dans ce restaurant  ». Une brève et piteuse phrase qui en dit long sur le discord existant entre le peuple et un gratin auquel sa médiocrité intellectuelle (en dehors de l’art de faire leur beurre de tout et de se hisser aux positions dominantes) et son vide spirituel interdisent de prendre la juste mesure de leurs incongruités. Bref l’indécence leur est consubstantielle et ne peut leur être totalement imputée à charge, ces gens ne se rendant pas vraiment compte de ce que comporte de mépris leur attitude puisqu’ils sont, eux-mêmes, en soi, un bloc de mépris.

Bévues et boulettes

Qui plus est, les boulettes des uns n’enseignant pas les autres, M. Macron s’est cru autorisé à partir en villégiature alors que tout laissait prévoir sur les réseaux dits sociaux les scènes de pillage, d’incendie et d’insurrection incivile qui se sont multipliées sur et aux abords des Champs-Élysées ce samedi 16 mars 2019. Des accrochages plus spectaculaires encore que ceux du 1er décembre  ! Il est vrai qu’en quatre mois, en dépit du Barnum circus du Grand débat, rien n’a bougé  : pouvoir d’achat, impôts, taxes… les prix des carburants sont inchangés depuis l’automne, l’indexation des pensions de retraite est toujours en débat, etc. Et pendant que les enseignes de luxe de la soi-disant plus belle avenue du monde (nonobstant les MacDo et tutti quanti) se trouvaient fracassées, icelui se gobergeait au soleil et sur la neige dans la station de sports d’hiver pyrénéenne de La Mongie.

À croire qu’il croyait avoir partie gagnée depuis la décrue du mouvement les semaines précédentes… Tout comme son ministre de l’Intérieur, Castagner, apparemment moins éprouvé par des mois sur la brèche que les forces de l’ordre +placées sous son autorité, puisque dès le samedi 9 mars, quelques heures après l’acte XVII des GJ, il était filmé au Noto, une “boîte” branché du VIIIe arrondissement, apparemment ivre et dans les bras d’une belle de nuit  ! Ceci à l’invitation du judoka Teddy Riner, un épisode peu reluisant (comment un ministre harassé par la gestion d’un crise majeure peut-il encore trouver la force d’aller faire le zozo jusqu’à la deuxième heure du matin  ?) divulgué le 15, la veille de l’acte XVIII, par le magazine à scandale Closer. Un écart de conduite jugé sévèrement par les syndicats de police estimant qu’il s’agit là «  d’une faute professionnelle quand vous êtes premier flic de France. Samedi, on demandait aux policiers et aux gendarmes une mobilisation sans précédent sur les Gilets jaunes et nous allons être la risée de tous  !  ».

Et c’est peu dire  : les personnels de l’Intérieur se découvrent honteusement cocufiés, n’étant au final nantis que d’un seul droit, celui de serrer les dents en recevant les pavés balancés par les manifestants. Surtout si l’on en croit le brandon de discorde Bernard-Henri Lévy qui à Milan, le 8 mars 2019, au cours de la première représentation de sa nouvelle pièce de théâtre (un très long soliloque narcissique), proclame que «  Les Gilets jaunes, à Paris, ne pensent qu’à casser du flic, du juif et du pédé »  ! Des policiers évidemment accommodés à toutes les sauces météorologiques comme politiques…

Au reste, Néron est réputé avoir regardé Rome se consumer sous ses yeux le 18 juillet 64, et Louis XVI être rentré bredouille de la chasse le jour du 14 juillet 1789 (déconvenue consignée dans son journal). Nos modernes divinités, elles, se défoulent avec un même détachement, l’un sur la piste de danse d’un tripot à la mode, l’autre sur d’étourdissantes pistes de glisse. Sans doute avons-nous les héros que nous méritons  ?!

Décrue et/ou débordements  ?

Ainsi donc la décrue annoncée n’a pas eu lieu. Au contraire nous avons eu droit à un regain de violence et de mobilisation inattendu, dit-on  ! Mais inattendu par qui  ? Par le ministre Castaner revenu à ses premières amours, celle du monde interlope de la nuit  ? Par le président Macron recru de fatigue par ses performances de bonimenteur  ? Tout deux soulagés d’avoir noyé le poisson dans les flots de verbiages du Grand débat  ? Et fait se débander le dernier carré des réfractaires à larges coups d’yeux crevés, de mains arrachées et de poumons perforés  ? Bref d’avoir tari la dynamique d’un mouvement populaire né spontanément (un coup de tonnerre dans un ciel d’automne), créant une situation historiquement très inédite… Et à l’origine de laquelle nul n’a pu discerner – pas même les plus fieffés conspirationnistes - un quelconque semblant de manipulation  ! Une telle éventualité - à savoir croire que le mouvement aurait fini par s’épuiser et expirer sans autre bénéfice pour le système, signifierait toutefois que ces gens – les Macron, Castaner et la horde de leurs conseillers et experts en dirty tricks - sont de profonds antipolitiques, des nuls et ce, au-delà de toute expression.

Car il faut bien admettre avec Maurras que, si “la République gouverne mal, elle se défend bien”, et dans ce cas, il faudra accepter l’idée que l’embrasement du samedi 16 mars avait bel et bien été prévu, que les pieds dans la neige du président Macron ne sont pas aussi incongrus que cela et sont peut-être partie prenante d’un plan astucieux destiné à assurer la reconduction aux Affaires de la République en Marche face à des oppositions fragmentées et diabolisées. Pour preuve, que les services de police ne sont pas en cause dans ce fiasco sécuritaire  : selon le syndicat “UNSA Police” ce sont «  douze compagnies de CRS [un millier de personnels] qui ont été cantonnées et cloisonnées pour sanctuariser le palais de l’Élysée et on a laissé les débordements se faire   »  ! En meilleur français, cela veut dire que les exactions des casseurs professionnels et autres Black blocs, hexagonaux et étrangers (parce que la casse subversive ne connaît actuellement pas de frontières) étaient en principe parfaitement prévus. Ces gens-là, anarcho-gauchistes sont d’ailleurs scrupuleusement infiltrés, fichés et pistés (notamment par la Direction générale de la Sécurité intérieure - DGSI), on leur a donc délibérément laissé la bride sur le cou. De ce point de vue, le déferlement de la violence (et son internationalisation) n’est certainement pas l’effet du pur hasard, mais le fruit d’un plan mûrement élaboré. C’est la thèse d’un Éric Ciotti, député LR (Les républicains) des Alpes maritimes et secrétaire national chargé des questions de sécurité. Or pour qu’un personnage aussi compassé et politiquement correct se laisse aller à de telles divagations, il ne serait pas absurde d’imaginer qu’il puisse y avoir ici baleine sous gravillon. Au demeurant, les stratégies de la tensions (aussi minables soient-elles) peuvent s’avérer être à double tranchant. Les Golem lâchés dans la nature – en l’occurrence mille cinq cent Black blocs la bride sur le cou  ! – sont rarement parfaitement maîtrisés et maîtrisables. Ce pourquoi le gouvernement admettait le lendemain du saccage des Champs Élysées des «  dysfonctionnements  », le Premier ministre, Edouard Philippe, appelé au créneau devant faire de nouvelles propositions dès le lundi 18… Qui ne voit ou ne perçoit le grotesque d’une situation dans laquelle une classe dirigeante au pouvoir saute de case en case dans une sorte de jeu de la Marelle pour tenter d’échapper à leurs impuissances ou pire, à leurs turpitudes…

«  L’analyse des événements d’hier met en évidence qu’il [le dispositif de sécurité] s’est révélé insuffisant dans son exécution pour contenir ces violences et éviter les agissements des casseurs. Il faut tirer toutes les conséquences de ces dysfonctionnements   » [1]. En effet, trop c’est trop, et le gouvernement avec ses cabinets noirs, se prend les pieds dans le tapis et n’arrive plus à masquer des manœuvres et des manipulations qui font long feu.

Machiavéliens calculateurs et pervers

Nous aurions au final une bande de machiavéliens aussi efficacement calculateurs que pervers s’employant à mettre de l’huile sur le feu et du vinaigre sur les plaies sociales en essayant de retourner la force de la contestation contre elle-même à l’avantage de la nomenklatura bobocratique, idéocratique, médiacratique et affairiste. Ceci en s’efforçant de discréditer et de faire pourrir le mouvement des GJ grâce au repoussoir d’une violence refusée ou récusée par une grand part de la société civile. Tentative en partie annulée des cris du cœur et des éclats de grosse colère chez les Gilets Jaunes… ainsi Sophie Tissier source vive d’indignation, s’écriant avant de se voir couper la parole par la gente présentatrice : « Macron mérite la prison… On doit changer le système politique, on doit changer la démocratie, c’est là le cœur du problème  !  » [2]. Eh oui  ! L’amélioration du niveau de vie n’est pas le cœur de cible, mais bien une révolution sociétale pour ne pas dire anthropologique… contrairement à ce que vitupère Mme Jacqueline Moreau (l’une des initiatrices du mouvement des GJ qui vient de se convertir à la partitocratie façon archéo-communiste avec la création des «  Émergents  »). Autre exemple pour finir de dissidence dans la dissidence, Éric Drouet, figure médiatique et personnalité affirmée des GJ, qui a fini par découvrir que les manifestations seules ne débouchent sur rien, nada.

Dans une vidéo postée sur Facebook  où il vient d’annoncer que l’acte XVIII sera pour lui le dernier  : «  Après cette journée, en tout cas pour moi, ça sera fini les manifestations […] Marcher, on a prouvé que ça fonctionnait pas  », appelant à partir de maintenant à «  de vraies actions   » tel “le blocage de certains sites susceptible de toucher directement à l’économie française”. Déjà le 8 mars, dans une vidéo au titre évocateur, il demandait un «  blocage national complet raffineries et des ports  ». Ce samedi 16 mars des Gilets Jaunes ont bloqué la circulation sur le périphérique intérieur, fait dont les médias se sont bien gardés de trop parler. Demain, si les accès autoroutiers de la capitale se voyaient entravés, il ne faudrait que quelque jours pour mettre Paris à genoux… et le gouvernement macronien cosmopolitiste avec.

Léon Camus Le 17 mars 2019

Notes

[1francetvinfo.fr17mars19

[2GJ-LCI17mars19

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