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Scandale Madoff : les partenaires sont les complices !

lundi 12 décembre 2016

Charles Ponzi, fondateur du gendarme bousier la SEC, était un escroc et reste connu comme le célèbre inventeur de la « chaîne de Ponzi ». Son tour de force fut d’être un « modèle » pour Madoff et pour toute la chaîne boursière mondiale. Lorsque l’on se penche sur les acteurs de cette escroquerie, il se révèle que les banques, les courtiers et les organismes de contrôle ont tous été de faux naïfs consentants. Pourtant tous les indicateurs étaient aux rouge si l’on voulait bien regarder de plus près le fonctionnement de ce fond spéculatif.
Comment une escroquerie planétaire fut-elle possible pendant plus de trente ans ?
Pourquoi les banques internationales ont-elles servi d’intermédiaires dans cette histoire ?
Pourquoi personne n’a brisé « l’omerta » et pourquoi avoir attendu le séisme de septembre 2008 et la crise des subprimes pour réclamer l’argent ?
La liquidation du fond Madoff par Baker & Hostetler a coûté 554 millions de dollars en frais d’honoraire pour les avocats et les consultants et le liquidateur, Irving Picard, lui a touché près de 5 millions de dollars net.
Tout le monde s’est goinfré avec « tonton Bernie » et personne ne parlera car il apparaît que les intermédiaires de Madoff sont les vrais coupables.

La fraude était connue en 1997

James Hedges, président et fondateur du cabinet LJH Global Investments basé en Floride, a rencontré Madoff en 1997 et lors de son entretien il a pu vérifier l’escroquerie en utilisant un questionnaire qui couvre la stratégie de trading.
LJH Global Investments avait dans son portefeuille des milliards à gérer dont la famille Cargill. Les taux de rendement de Madoff étaient alléchants avec une rentabilité à deux chiffres, c’était trop beau pour être vrai.
« un rendement caractérisé par une telle prévisibilité et par si peu d’écart ne correspond pas à la réalité »
James Hedges révèle aussi que Madoff interdisait à quiconque de rencontrer son personnel ou de rentrer dans la salle des traders. Que faisaient-ils donc dans cette grande salle étant donné que Madoff confiait que c’était lui qui détenait les titres sans conservateur global, ni de « courtier de premier ordre » ?. Même sont de cloche pour mettre la main sur un audit où sur la liste des actifs afin de rassurer les clients investisseurs : c’était Niet !
Pour James Hedges, s’en était trop et sa conclusion fut de penser que beaucoup de partenaires étaient complices.
Comment les partenaires de Madoff ont-ils pu fermer les yeux sur ces simples vérifications ? Vraisemblablement l’escroquerie était alléchante mais combien de petits ou de grands « Madoff » ne sont pas fait attraper ?

Enquête d’un juge

Le juge d’instruction Renaud van Ruymbeke a été désigné par le président du tribunal de grande instance de Paris pour enquêter en France sur la fraude imputée à Bernard Madoff. Le ’’super juge’’ compte à son actif les affaires les frégates de Taiwan et l’affaire Jérôme Kerviel, cela en dit long sur l’importance de la plainte d’une épargnante française qui s’estime lésée par des placements réalisés par un fonds luxembourgeois !!!
Notons que ni l’affaire Kerviel ni l’affaire des Frégates de Taiwan n’ont délivré leurs secrets, mais que l’opacité bancaire et la mort de tous les intermédiaires tawanais démontre l’inefficacité du juge français.
La plaignante à l’origine de cette enquête avait investi 540.000 euros dans le fonds Luxalpha de la banque suisse UBS.
Parmi les suicidés de Madoff nous retrouvons un certain Thierry de la Villehuchet, cofondateur de la société de conseil en investissement Access International Advisors qui conseillait les grandes fortunes européennes. Dans la presse américaine on apprenait que Thierry de la Villehuchet avait les héritiers de la famille Bettencourt et de la principauté de Monaco comme clients, ce n’était pas du petit bois.
Mais ironie de l’histoire, la veille de la révélations de l’escroquerie Madoff, Thierry de la Villehuchet venait de racheter la sicav luxembourgeoise LuxAlpha remplie de titre Madoff !!!!
La Banque Suisse UBS a fait un beau cadeau empoisonné et vendu pour 1,4 milliard de dollars de perte potentielle.
Le juge Renaud van Ruymbeke va-t-il démêler cette supercherie ?
Non bien sur, Les procédures civiles sont bloquées au Luxembourg par les enquêtes pénales. Les banques dépositaires et les sociétés de gestion des fonds d’investissements étaient Luxalpha et Luxinvest, liquidés en 2009 et le fond Herald Lux de la HSBC. Finalement ni les courtiers ni les banques ne payeront l’escroquerie de leurs clients en raison de la responsabilité pénale des personnes morales qui n’existait pas encore au moment des faits en 2008.
UBS communiquait « n’avoir rien à se reprocher à l’égard des pertes causées par l’affaire Madoff ». « Le fonds Luxalpha a été créé à la demande explicite de clients fortunés qui ont demandé un fonds sur mesure pour leur permettre de continuer à investir leurs avoirs chez Madoff ».
N’oublions pas que La banque Santander avait confié près de 3,5 milliards de dollars à Madoff via une filiale genevoise, Optimal Investment Services.

Naifs ou complices ?

Premièrement Madoff avait son compte dans la même banque que Blythe Masters la JP Morgan sans que personne ne voit quoi que ce soit d’irrégulier, et que ce compte était à son nom. Les fonds n’étaient pas investis et Madoff était un citoyen au-dessus de tout soupçon. La SEC avait audité Madoff à plusieurs reprises sans y voir de malversation et la réputation du « magicien » faisait le reste.
La JP Morgan qui est à l’initiative des « subprimes » a du payer en 2014 deux milliards d’euros pour complicité de fraude dans le cadre de l’affaire Madoff. Elle a « caché » pendant vingts ans le compte de l’escroc. Irving Picard le liquidateur de l’affaire Madoff, accusa la JP Morgan de fraude qui doit aussi s’aquitter de 20 milliards de dollars de pénalités pour ses manipulations des cours des matières premières avec la complicité de la fameuse Blythe Masters et 13 milliards de dollars avec la vente prématurée des titres des subprimes avant la crise.
Ainsi la chaîne de Ponzi de Madoff va devoir fonctionner à l’envers et demander à tous ces intermédiaires de payer

DEPOSITION OF BERNARD L. MADOFF
(Taken by the Plaintiffs)
Butner, North Carolina
August 7, 2012

Aviez-vous le sentiment que les gérants de fonds qui investissaient chez vous ne comprenaient pas ce que vous faisiez ?

« J’avais le sentiment qu’ils ne voulaient pas comprendre. C’était une forme d’aveuglement volontaire. (…) Je pense qu’ils ne pouvaient pas résister aux profits que cela générait pour eux. Je veux dire… ils étaient submergés par la cupidité.

 »

C’était aussi le cas d’Optimal ?



C’était le cas d’Optimal. (…)



Il y avait tout un groupe de gens comme Manuel (ndlr : Manuel Echeverria) qui n’étaient pas des décideurs, mais qui choisissaient où était placé l’argent (des clients). Ces gens ne voulaient pas faire de vagues. Plus ils faisaient des vagues, plus ils avaient des problèmes. (…)



Pensez-vous que cette attitude était raisonnable de la part de professionnels actifs dans la finance depuis des décennies ?



Leur survie dépendait de leur relation avec moi. C’était une relation très profitable pour eux personnellement, et aussi pour leur banque ou leur fonds. (…)

Vous devez comprendre qu’à l’origine de cette industrie des hedge fund, il y a des gens très sophistiqués, souvent des Européens, qui étaient très contents qu’on ne leur pose pas de questions sur l’origine de leur argent. Il était difficile de trouver un investisseur européen qui ne dispose pas d’un compte suisse (ndlr : non déclaré).

Vous aviez toute cette classe d’investisseurs qui disaient : je n’ai rien besoin de savoir. Ne me posez pas de questions sur mon argent, je n’en pose pas sur le vôtre. Je suis un grand garçon, je mets mon argent où je veux et je tente ma chance. (…)



Est-ce que certains vous ont demandé si vous étiez un Ponzi ?



Certains m’ont posé la question. Ils le faisaient avec le sourire. Genre ils me demandaient si je n’étais pas comme un de ces fonds qui ont coulé. Ou alors ils me demandaient si j’exécutais vraiment toutes ces transactions (en Bourse). Alors, parfois, je répondais que non, que je ne les exécutais pas. Ils riaient, et c’était tout. Ils ne voulaient pas y croire.



Traduction François Pilet pour l’Hebdo

Rédaction Geopolintel.

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