Geopolintel

Les écolos nous rendent verts

mardi 10 mai 2016

N’est pas DSK qui veut, Denis Baupin trousseur de jupon au « sein » de son parti, ne pourra plus assouvir ses phantasmes sexuels auprès de ses partenaires féminines. L’omerta est enfin brisée, et on se demande comment autant de remous sont possibles dans un parti politique aussi curieux qu’énigmatique.
Dans cette affaire, le mari de la ministre Emmanuelle Cosse ne reçoit pas le même soutient qu’Anne Sinclair avait réservé à son époux. Et pourtant malgré la gravité des faits, elle clame que « Il y a aussi la présomption d’innocence » « Vous savez, le machisme en poli­tique en France, c’est une réalité ». Les électeurs apprécieront l’innocence du parti, au sein duquel les « têtes de gondoles » sont de drôles d’oiseaux. Rappelons nous que Cohn Bendit, Vincent Placé et François de Rugy soutenaient DSK patron du FMI pour les présidentielles de 2012. Ironie du sort DSK était pour l’union du PS avec les communistes mais pas avec les écologistes au référendum du PS sur l’unité de la gauche en 2015.
Pauvre Monsieur Hulot, la transition énergétique n’est pas pour maintenant, Emmanuelle Cosse ne veut pas qu’il se présente en 2017.
Et Baupin me direz-vous : Jean-Vincent Placé qui ne voyait que des gueules de loser chez les verts, pense qu’« Il a un ordinateur dans le cerveau » disons que sa braguette lui a chauffé le disque dur, « Il est devenu mou du genou » lance Noël Mamère.

Gauche, voilà bien un mot qui résume l’étrangeté d’un parti « fourre tout ».

Besset, cofondateur d’EELV, claque la porte du parti écologiste

Jean-Paul Besset, ancien député européen et cofondateur d’Europe Ecologie-Les Verts, claque la porte du parti écologiste, en évoquant un « devoir de retrait » d’un parti selon lui en proie à une « marginalisation groupusculaire », des « discours doctrinaires », des « caprices de star » et des « stratégies tordues ».

Dans une longue tribune publiée dans Libération, ce proche de Nicolas Hulot retrace l’histoire de ce parti créé fin 2010 après le succès de l’alliance entre Les Verts et Europe Ecologie aux européennes de 2009 puis aux régionales de 2010, création à laquelle il avait participé au côté de Daniel Cohn-Bendit.

« A cette époque, les lignes avaient bougé au sein de la conscience collective », rappelle M. Besset, évoquant une « dynamique inattendue », une « maturation culturelle et sociale autour de l’impératif écologique », avec notamment le pacte écologique de Nicolas Hulot et le Grenelle de l’environnement.

« Las ! », poursuit-il, « les figures imposées d’un parti dont la culture militante rangea vite ce qui le distinguait - l’écologisme - au rang d’accessoire eurent tôt fait de reprendre le dessus ». « A peine né, le parti de l’écologie politique redevint Les Verts et se referma sur le pré carré des affrontements binaires, surjouant les réflexes d’appartenance à un camp plutôt que le dépassement et la convergence vers les nouveaux enjeux de l’intérêt général », analyse-t-il.

Pour lui, EELV s’est « inféodé à un ancrage à gauche nostalgique, se déchirant ad nauseam entre gauche vociférante ou gauche agonisante », dans une allusion au débat qui a agité le parti l’été dernier entre défenseurs d’un rapprochement avec le Front de gauche et partisans d’un retour dans le gouvernement de Manuel Valls.

Donc, conclut-il, « Europe Ecologie-Les Verts, c’est fini ». Le parti est « descendu beaucoup trop bas pour se relever, trop abîmé, trop disqualifié, trop décrédibilisé », affirme-t-il « sans plaisir ni ressentiment » mais « en assumant une part de l’échec ».

A la rentrée, plusieurs élus d’EELV, notamment les trois présidents de groupe parlementaire Jean-Vincent Placé, François de Rugy et Barbara Pompili, avaient quitté avec fracas le parti écologiste pour protester contre sa « dérive gauchiste » selon eux.

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Emmanuelle Cosse, 25 ans, nouvelle présidente d’Act Up. Première fille, hétéro et séronégative, à diriger l’association. Virus militant.

Emmanuelle Cosse, 25 ans, nouvelle présidente d’Act Up.

Elle est tout, sauf une erreur de casting. Act Up a beau s’être construit comme une association de « pédés séropositifs », Emmanuelle Cosse est une fille, « hétérosexuelle », « séronégative », néanmoins présidente d’Act Up, qui plus est particulièrement à l’aise dans ses baskets. « Moi je ne vois plus la différence entre un gay et Emmanuelle. Elle en est », tranche, tout sourire l’ancien président, Philippe Mangeot. La preuve ? « On rit de ses gros seins comme deux gays vont déconner sur la longueur de leur queue. Pourvu que ce soit fait généreusement. » Emmanuelle répond : « A Act Up, on a un corps. On ironise beaucoup sur nos physiques. » Elle ajoute, quand même : « C’est un journaliste pédé qui m’a dit : « Tu passes bien dans le milieu gay, parce que t’es jolie. » » Ou encore : « A Act Up, c’est vrai que tout se mélange. On est parti cet été à une dizaine dans le Lubéron. Il y avait de tout, des homos, des lesbiennes, des couples avec des enfants, des célibataires. Personne ne juge de la vie amoureuse. C’est comme ça. »

Emmanuelle fait partie de la catégorie célibataire. Elle a un joli visage, simple, sans apparat ni maquillage. Elle s’habille souvent en vert alors qu’Act Up a toujours aimé le rouge et le noir. Elle habite le XIIe arrondissement de Paris où elle a toujours vécu. Et, depuis la semaine dernière, elle a 25 ans, mais c’est déjà une « pro », blindée et apparemment sans faille. Pourtant, quelques jours auparavant, quoi qu’elle en dise, Emmanuelle s’est sentie blessée.

Cela s’est passé, un vendredi soir, lors de la traditionnelle réunion du CC (comité de coordination) qui avait longuement discuté d’une prochaine intervention télévisée de la nouvelle présidente. Et là, sans crier gare, les coups sont partis. « Tu vas pas encore nous faire chier sur le fait que t’es une fille séronégative », lui avait jeté à la figure l’un des participants. « Ce n’est pas cela qui m’a touché », a expliqué, plus tard, Emmanuelle. « C’est que Marc me dise : « Tu sais, avant tes émissions, je pourrais t’entraîner pour que t’assimiles bien la colère. » » La colère, télégénique ? Ça, non ! Elle l’a mal pris. « La colère, ça fait huit ans que je suis en colère. Je suis en colère depuis le premier jours où je suis arrivée à Act Up, et je n’ai pas besoin de cours. » Quelques jours plus tard, lors la traditionnelle réunion du mardi soir­ réunion qui est le cœur de l’association ­, ils en ont rediscuté.

Dans cet amphi des Beaux-Arts il y avait ce jour-là une cinquantaine d’activistes au lieu de deux cents il y a encore trois ans, l’ambiance était détendue. Cela tenait de la fête de famille. Tous les anciens présidents vivants d’Act Up étaient présents. Ils étaient là, comme des grands frères attentifs, protégeant la petite soeur, la couvant des yeux, lui donnant des conseils pour son émission de télé. « Tu fais comme moi, tu ne penses qu’à la première phase que tu veux dire. Comme ça, tu n’écoutes pas la question », lui suggérait Christophe Martet dans un grand éclat de rire, lui qui avait fait explosé le dernier Sidaction en hurlant que « la France est un pays de merde ». Philippe Mangeot ajoutait : « Et surtout, s’il veut t’embarquer sur la femme séronégative, tu coupes tout de suite. » Didier Lestrade, le jeune père fondateur, écoutait, amusé. Et, comme à son habitude, il tranchait : « Allez, on passe à autre chose. »

Emmanuelle écoutait, de loin. A quoi pensait-elle, la petite devenue grande ? « Je ne m’en fais pas pour elle, confie Philippe Mangeot, car elle a fait le plus dur : se présenter à la tête d’Act Up. Il faut être fou pour le faire. Je crois qu’elle est complètement folle. Et cette folie, c’est sa plus grande force. » Emmanuelle, la folle d’Act Up ? Peut-être pas tout à fait. Elle-même le dit, elle a beau être en colère, ce n’est pas une marginale. « Je suis une bonne élève, et j’aurais même pu être une excellente élève si je n’avais pas milité à Act Up. » Mais voilà, elle est tombée dedans quand elle avait tout juste 17 ans. « Je militais alors à la Fidl (association lycéenne, ndlr). C’était les grands mouvements du début des années 1990, où j’ai été même négocier avec Jospin. Mais bon, il fallait toujours suivre l’avis du chef. »

Le militantisme, c’est de famille chez les Cosse. Des parents kinésithérapeutes toujours engagés à gauche. Emmanuelle est alors au lycée Maurice Ravel, en terminale B. Elle réussit bien. « A cette époque, un ami m’entraîne à ma première réunion d’Act Up qui préparait la journée du désespoir. J’étais super-timide, je ne comprenais pas tout. Je voyais des gens qui disaient qu’ils étaient séropositifs. C’était la première fois. Je devais être une de plus jeunes. »

Emmanuelle qui reste, Emmanuelle qui devient la mascotte. Emmanuelle, différente des autres qui ont tous un rapport intime avec le virus. Elle, non. Elle est là, elle découvre le sida. Elle reste, et ce n’est pas rien.

Emmanuelle qui commence des études de droit et se spécialise à Act Up dans les questions juridiques. Emmanuelle qui est fidèle. Elle monte, devient trésorière, puis vice-présidente. Emmanuelle qui aime aussi : « A Act Up, c’est très affectif, la vie privée et puis le reste. Et c’est vrai que l’on vit au rythme des ruptures des uns ou des autres. » Elle précise juste : « Quand on s’est séparés avec mon copain, je l’ai fait aussitôt savoir. Pas la peine de se cacher. Mais je ne suis pas venue aux réunions pendant quinze jours. » Emmanuelle aussi qui vit la mort des autres, de Cleews Vellay bien sûr, président emblématique. « On était tous ensemble, avec lui. »

Emmanuelle qui ressemble aussi à une jeune fille de 25 ans qui peut dire : « Etre heureuse, c’est être aimée. J’ai envie d’avoir des enfants ». Ou qui ajoute : « J’ai eu une enfance heureuse, c’est vrai. Mes parents se sont séparés, mais c’était structuré. Mon père, peut-être, aurait pu être plus présent. » Normal. Et elle a des envies professionnelles, comme tout un chacun : « La chose dont j’ai un peu peur, c’est de ne pas terminer ma thèse sur l’application du droit de la concurrence par le juge administratif. »

En attendant, elle court. Partout. Entièrement prise, ces jours-ci, par la préparation de la manif du 1er décembre qui est le grand rendez-vous annuel d’Act Up. Cette année, le slogan est brutal : « Guerre aux labos ». « C’est essentiel, explique-t-elle. C’est la question des nouvelles molécules. Avec les labos qui traînent à les mettre à disposition des patients en échappement thérapeutique. Mais cela veut dire aussi halte aux labos qui ne font rien pour les pays du Sud. » Mais la guerre ? « La violence, ça ne me fait pas peur. De toute façon, à Act Up, on l’a très peu utilisée. A deux reprises, on a menotté des gens, mais cela ne me choque pas. La seule chose que je regarde : est-ce que c’est efficace, ou est-ce juste pour se faire plaisir ? C’est comme pour l’outing (le fait de dévoiler publiquement l’homosexualité d’une personne, ndlr). Dans l’absolu, je n’ai rien contre. »

Emmanuelle, la Jeanne qui veut bouter le virus hors des corps ? Ou la dernière princesse d’un royaume en voie de disparition depuis l’arrivée des trithérapies ? Car le cliché du moment veut que le mouvement associatif anti-sida soit à bout de souffle. Et certains ajoutent : « Si Act Up a choisi une femme, c’est pour mieux s’enterrer. » « Des idiots, rétorque Philippe Mangeot. L’avoir élue, c’est la preuve d’une certaine audace et d’une vraie assurance. » A voir. Mais il ajoute, philosophe : « Les dissolutions dans le monde associatif, je n’y crois pas. Une association, cela meurt petitement, médiocrement, parce que cela ne sert plus à rien. A Act Up, c’est vrai, qu’on parle souvent d’autodissolution. Mais c’est parce qu’on est narcissiques et qu’on adore se regarder. » Act Up qui s’est donné le visage d’une femme. Miroir, dis-moi que l’on va vivre.

Emmanuelle Cosse en 4 Dates

Novembre 1974 : Naissance. 1990 : Milite à la Fidl.

1992 : Rejoint Act Up- Paris.

Septembre 1999 : Elue présidente d’Act Up.

Eric Favereau 26 novembre 1999

Jean-Vincent Placé sort « Pourquoi pas moi ! » : les (fausses) bonnes feuilles Le sénateur EELV Jean-Vincent Placé publiera en mai son livre « Pourquoi pas moi ! », rédigé à quatre mains avec un ex-journaliste du Figaro. L’ouvrage devait sortir le 9 avril, mais cela a été reporté, dans l’attente du...

Le sénateur EELV Jean-Vincent Placé publiera en mai son livre « Pourquoi pas moi ! », rédigé à quatre mains avec un ex-journaliste du Figaro. L’ouvrage devait sortir le 9 avril, mais cela a été reporté, dans l’attente du remaniement gouvernemental. En exclusivité, nous en publions les (fausses) bonnes feuilles.
1
« Mon élection de délégué - Ma blessure »

« Ses seins avaient le goût de la vengeance »

« Je ne m’en cache pas : si je veux être délégué de classe, c’est pour m’asseoir à la table des décideurs. En seconde, j’étais l’adjoint de Léo. Un gentil poil de carotte, pleutre et timide au possible. Moi, je n’hésitais pas à prendre la parole. Je me souviens d’une tirade prononcée lors d’un conseil de classe :

“Donner les félicitations à Guillaume serait une erreur stratégique. Il n’est pas mûr pour l’élite. Pas encore. Je peux l’écrire sur son bulletin si vous voulez, ça ne me dérange pas.”

Ils m’avaient foutu à la porte du conseil et la mère de Guillaume, présente ce jour-là, m’avait envoyé un glaviot dans les cheveux. C’est à cette époque que j’ai compris que mon courage et ma liberté de ton dérangeaient. Que je me suis forgé cette carapace qui fait de moi une exception au Sénat. J’assume être un lion. [...]

Ce lundi froid d’octobre, c’est l’élection. Le prof, M. Caille, a posé une boîte à chaussures sur son bureau. Je ressens de la pitié pour ce petit fonctionnaire blafard, qui doit certainement manger des madeleines au dîner et se saper chez Complices. Il a quoi ? 50 ? 52 ans ? Et déjà une dentition de lynx. Ce lundi, je me suis juré de ne jamais laisser faiblir mon ambition.
Making of
Bien évidemment, ceci est un délire. Jean-Vincent Placé lui-même se flatte de son ambition et de sa réputation de stratège. Ceux qui l’aiment le moins le décrivent volontiers comme un carriériste qui n’a qu’une envie : fréquenter les ors de la Ve République. Nous avons donc – avec un peu d’imagination – retracé sa biographie. Mais tout n’est pas inventé. De vrais citations et des épisodes véridiques émaillent le texte. Rue89

J’ai longuement peaufiné mon plan, allongé sur mon lit, entouré de François, ma garde rapprochée. Avec des verres de grenadine remplis à ras bord et des Suchard, je me projette dans vingt ans :

“Je vois bien un club ‘Alcool, femmes et politique’. Tiens, tu peux me passer du Sopalin ?”

J’ai pris une petite frappe de la classe en guise d’adjoint, en lui faisant croire qu’une fois élu, il aurait l’immunité. Pour le rassurer, j’ai éliminé un petit gars à moi, une tanche qui ne comprenait rien à la realpolitik. “Tout bénéf”, pensais-je : mon nouvel adjoint est absent un jour sur deux (il traîne autour de l’ED avec des packs de Desperados) et assez populaire pour m’assurer le vote des nullards.

Pendant toute la campagne, l’arrière-ban m’a traité de fayot et de carriériste. Ils n’ont pas digéré que j’organise une petite réunion avec jus de fruit frais, pains au chocolat et cigares de saumon à la ricotta pour me présenter aux parents d’élèves et au corps enseignant.
“Vous me faites chier”

Encore un peu timide, j’ai appelé les journalistes de Radio France Normandie Caen pour leur signaler que j’avais envoyé des communiqués bien sentis. Par fax et courriers recommandés. Le chargé d’accueil ne sait pas de quoi je parle. Je récite :

“J’ai un savoir-faire, c’est utile. Dans la cour, les gens me disent : ‘Bonjour, délégué.’ Je considère que j’ai les qualités pour être au conseil de classe, je ne fais pas semblant. La capacité de négociation qu’on me prête, c’est utile.”

J’ai bricolé un petit sondage pour tester ma popularité. “Pensez-vous que Jean-Vincent est le mieux placé pour faire entendre votre voix ?” Les retours sont flatteurs. Le dimanche avant l’élection, j’ai donné 20 francs et une boîte de thon au chef du ménage pour qu’il colle les résultats partout dans les couloirs. [...]

La boîte Eram est vidée sur la table. Ils font le décompte. Mes yeux s’emplissent de larmes.

Je n’obtiens qu’une seule voix. Mon binôme a été viré une semaine pour avoir renversé une armoire sur Mme Fichtre. Sinon, ça aurait fait deux. Manon, la bombe de la classe, se paie ouvertement ma tête. Ivre de rage, je hurle :

“Je me tire. Vous me faites chier.”

Toujours, cela restera ma blessure secrète :

“Ce sont des petits Blancs. Ils pratiquent une forme de racisme anti-Asiatiques, du type ‘le Chinois est fourbe’.”

Deux ans plus tard, Manon partagera ma couche le temps d’un été. Ces seins avaient le goût de la vengeance. »
2
« Ma première drague... insistante »

« Claquage périno-rectal »

« J’ai atteint ce point magique. Celui où la dignité s’évapore. Il est minuit moins une. C’est la dix-septième lettres que je lui envoie. Les seize précédentes n’ont pas reçu de réponse. Au début, j’étais mignon :

“Salut ma douce, j’espère que tu as passé une bonne semaine. Des nouvelles ? Ça me ferait plaisir.”

Et puis aux alentours de la neuvième, j’ai laissé parler les tripes. La rage :

“PUTAIN, POURQUOI TU REPONDS PAS.”

François, mon copain avec qui j’ai monté une combine pour être élu délégué de classe (voir plus haut), a bien essayé de me calmer :

“Non, JVP, n’insiste pas. Elle n’est pas pour toi. Là, on sent trop que tu as faim, tu transpires, fais attention au claquage périno-rectal. Dis-toi que tu es marié avec le vent.”

Du coup, le lendemain matin, en pleine lumière, j’ai tenu à rétablir la vérité :

“Non, je ne suis pas obsessionnel. C’est juste que je pense être un bon coup.”

“Tu devrais surveiller Célestin...”

Mme Indigo, ma prof, me dévisage chaque fois que je vais écrire la date au tableau. Je ne suis qu’un gamin, mais je crois qu’elle est déjà impressionnée par ma maturité. Qu’elle a cette capacité de se projeter à long terme, comme moi. A la fin de mon CM1, je suis persuadé qu’elle ne voyait pas devant elle un élève joufflu et taquin, mais déjà l’homme que je suis aujourd’hui. En CM2, je l’ai tutoyée. Une fois seulement :

“Tu devrais surveiller Célestin. Je ne sais pas, j’ai l’impression qu’il cherche à te trahir avec d’autres cancres... ­

– Il fait une alliance ? ­

– C’est trop tôt pour le dire, mais je ne sens pas ce Tartuffe. Je sens qu’il peut se retourner contre nous.‘

Je crois qu’avec le recul, j’aurais voulu ressentir des sentiments pour elle. Aller plus loin dans le jeu de séduction. Mais à l’époque, il n’y avait qu’une chose qui comptait pour moi : gravir au plus vite les marches qui me séparaient de mon destin. Finalement, j’ai eu mon premier béguin en troisième. Ma première faiblesse. [...]
Pourquoi pas moi !’ de Jean-Vincent Placé et Rodolphe Geisler, éd. Plon, mai 2015

A l’époque, Ambre me tournait autour. Elle était sublime, mais pas très maligne. Avant d’envisager une relation et de lui donner mon numéro de téléphone, je me suis minutieusement renseigné sur elle. En cinquième, elle avait frôlé la section Segpa et sa sœur m’avait confié qu’elle avait encore du mal à lire des prospectus. Qu’avait­-on à gagner là­-dedans ? Un chagrin ? Très peu pour moi. Le décalage était trop grand.

Parce qu’à ce moment, j’avais besoin d’une fille dans ma vie, j’ai réussi à séduire Mariam. Dans mes souvenirs, elle n’était pas très belle, mais elle avait quelque chose de plus que les autres. Une posture. Une aura. C’était la fille d’un diplomate malien, aussi discret qu’influent.

Un après­-midi, elle m’avait invité pour le goûter. On a commencé à jouer à ‘La Bonne Paye’, mais j’étais subjugué par autre chose. Au téléphone, son père parlait de PV, de puits de pétrole, de notes de frais. J’étais ailleurs. Mariam s’amusait à me souffler dans l’oreille. Pour la première fois de ma vie, j’ai su être dur et ferme – ma marque de fabrique :

‘Dégage connasse, je n’entends rien à cause de toi.’”

3
“Le jour où j’ai quitté la plèbe - Ma victoire”

“C’est bien que tu te suicides”

“2002.

23 heures.

Je suis en nage. La sueur colle ma chemise sur mes pectoraux gonflés. Je caresse mes tétons dans le sens inverse des aiguilles d’une montre et ris niaisement : je viens de passer de l’autre côté. Tu as gagné Jean-Vincent. La plèbe, c’est terminé.

Trois heures plus tôt...

Le lieu ? Un restaurant, déjà. L’un de ceux où l’on mange de l’excellente andouillette à la crème et de la divine tarte tatin. Les Verts sont presque au complet. Des gueules de loser pour la plupart : s’il n’y avait pas ce joli décor, on aurait dit le débriefing d’un bowling. On prépare l’après-Dominique Voynet.

A côté de moi, il y a Jean Desessard, que les autres appellent Jean Désespoir. Il braille. Il y croit :

‘Moi, je suis candidat au poste de secrétaire national, quelles que soient les conditions.’

Dans mon for intérieur, je le plains :

‘Candidat au poste de secrétaire national ? Va manger du caca.’

Pourtant, je ne lui tirerai pas de balle dans le dos. Quelles que soient mes ambitions, je reste fidèle, même s’il faut sacrifier pour cela un sous-fifre. C’est lui qui m’a accueilli lorsque j’ai voulu changer d’air. [...]

J’étais encore abonné à Astrapi quand je suis entré chez les francs-maçons. Dans la foulée, j’ai approché le PS – via l’Unef-ID – mais il y avait trop de morts de faim. Au Parti radical, idem, à tel point qu’on ne prêtait pas d’attention particulière à mon potentiel. J’ai besoin d’espace et c’est d’ailleurs pour cela que je n’ai jamais supporté les lits superposés.

Un soir de bringue, un ami m’a conseillé le centre. Je ne l’ai pas senti. Il a insisté, j’ai dégoupillé :

‘J’aime pas me sentir pris en étau. Entre la gauche et la droite, très peu pour moi...

– Tu peux t’éclater pourtant...

– Je ne veux pas être la vanille de l’Oreo, tu comprends ça ? Oh ! Va me chercher un milk-shake et des boudoirs, trou du cul.

– Tu viens de perdre ton meilleur ami...

– J’allais te sacrifier de toute façon. C’est bien que tu te suicides.’

Fougères et confitures

Je suis pas auditeur financier pour rien. J’ai mené un rapide ‘ benchmarking ’. Les Verts cochaient toutes les cases. Des poules, pour un renard rusé, c’est bien non ?

Noël Mamère m’a fermé la porte au nez. Il restait Desessard. Je t’en dois une, Jean. D’ailleurs, lorsqu’un cadre s’est foutu de ses ambitions et l’a attaqué sur ces “petits arrangements”, j’ai manqué de répliquer :

“Arrête ton basisme à la con.”

Je glousse en voyant ce noyau dur de saintes-nitouches, qui croient être irréprochables parce qu’ils arrosent des fougères et fabriquent leur confiture eux-mêmes. Ne jamais sur-estimer l’intelligence des militants, c’est ma ligne. Même eux le savent. Je me souviens d’un meeting – dans un réfectoire de Sevran – au cours duquel j’avais longuement discuté avec Ignace, militant de la première heure.

Dans mon discours, j’avais dit : “Vous êtes notre moteur, sans vous, on ne dépassera pas le périphérique” :

“Tu sais Jean-Vincent, je crois que tu nous sur-estimes.

– Oui, c’est vrai. Je ne le referai plus. Par contre, enlève ta main.

– On va boire un verre, il y a un buffet en face du bureau de la CPE ?”

Ils n’attendent pas des discours révolutionnaires, mais des vrais leaders.

J’ai serré Cécile. Je suis intouchable. En 2006, à Bruno Le Roux, député PS, autre coquin, je lance :

“T’as vu qui est ma secrétaire nationale ? Ma meuf ! C’est moi le patron maintenant.” »

4
« Les sentiers de mon ambition - Ma destinée »

« Vais-­je mourir avant de devenir... »

« A 25 ans, je me suis donné un but : être député avant 40 ans. C’était un soir d’ivresse, après l’amour. Je me suis rabattu sur le flanc, l’esprit ailleurs :

“Tu sais, Rimbaud est mort à 37 ans. Il ne faut pas perdre de temps.‘

J’ai accroché mon plan de carrière sur la porte des toilettes avec de la pâte Epoxy. En 2004, je suis sur la trajectoire. Elu au conseil régional d’Ile-­de-­France. Mon premier geste a été à la mesure de l’attente de mes électeurs. J’ai arraché la moquette de mon bureau pour la remplacer par du jonc de mer. Il fallait un symbole. Marquer le coup. Je me suis inspiré d’une biographie de Napoléon, que la petite souris m’a offerte après mon élection au poste de délégué. Après cette lecture, j’avais redécoré ma chambre en mobilier Premier empire et mon gang s’appelait Les Maréchaux. [...]

En 2007, j’ai 39 ans. C’est moi le patron. Cécile vient d’être élue secrétaire nationale, mais tout le monde sait autour de quelle bedaine il faut venir danser. Je tiens mes meufs, moi. Je leur envoie des textos sibyllins qui leur font tourner la tête. Elles passent tellement de temps à comprendre mon plan secret qu’elles sont clouées au lit par la fièvre.

Les législatives ! Mon crâne se déforme comme dans The Mask’ sous l’attente et l’excitation. Je ne peux pas les manquer. Le PS nous propose cinq postes de députés. Dont un pour moi, en Essonne. J’avais demandé douze – rapport à ma réputation de gros mangeur. Nous ne pouvons pas reculer, nous refusons l’offre. Je ne serai pas député. Ce 13 mai 2007 est gravé à jamais pour les pensées noires qui me traversèrent l’esprit :

‘Vais-­je mourir avant de devenir...’

Je ne sais plus. Etourdi par le choc, je trébuche en versant mes sels de bain Himalaya dans l’eau bouillante de la baignoire. Ce soir-là, j’ai réalisé que député était une trop mince ambition. Ce serait du temps gâché. Quatre ans plus tard, je me suis laissé tenter par le Sénat. Mais c’est quand même plus calme. Ça me laisse le temps d’astiquer mon jeu d’échecs en ivoire rose que j’ai acheté chez un antiquaire du boulevard Saint­-Germain.”
5
“Ils m’en veulent - Patience”

“Je te finis avec les ongles”

“Le matin dans la glace, je vois des plaques rouges me manger le visage. L’agacement me fait ressembler chaque jour un peu plus à Valls, l’auto-bronzé couleur croissant ordinaire. Cécile est au gouvernement. Elle y est entrée avec ce falot de Canfin. Je regarde sa houppette, hypnotisé. C’est le genre de moumoute qu’on traîne après avoir eu des gaz dans un col roulé.

Je sens une boule, chaque jour au fond de ma gorge. C’était ma place, mon bureau, mon plaisir. Pour me détendre, je joue du xylophone. Travaille mes phrases le soir, sur la table du salon. Je suis avec Eva Sas maintenant, l’ancienne compagne de Canfin. L’ex du ministre s’est mise avec celui qui devait être ministre. C’est la lutte des places. Tu me mords, je t’envoie une poignée de sable dans les yeux et te finis avec les ongles.

Lorsque la fatigue me gagne, je file au lit regarder ‘House of Cards’. Si j’ai encore un peu de force, je prends des notes, toujours en anglais. On rêve petit en France. Si j’avais été américain, l’histoire aurait certainement été différente. Tout va plus vite là­-bas. [...]

Je pense à mes compagnons de route chez les Verts. A mes ennemis aussi. A Julien Bayou, qui doit être en train de finir de boire une concoction à base d’orties. J’ai peur que mon ambition finisse au volant d’une Fiat Panda, sur le parking d’un Leader Price.

Le matin, je prends mon petit calepin dans le taxi pour potasser mes vacheries en filant vers iTélé. Au fond, c’est très simple. Je dis ce que Duflot dit aujourd’hui contre ce que Duflot disait alors, en contraste avec ce que je dis aujourd’hui :

Hier. ‘Depuis les annonces en faveur des entreprises sans contreparties et sans conversion écologique, je suis moi­-même de plus en plus perplexe quant à cette participation gouvernementale.’

Aujourd’hui. ‘On ne sait pas trop bien pourquoi on est sortis du gouvernement. Pour marquer des buts, il vaut mieux être sur le terrain.’

On appelle ça le pragmatisme. On s’adapte et on domine.
Je pèse. Les Français le savent

Le jour du remaniement et de l’arrivée de Valls, je suis un peu patraque. Je vais traîner du côté de Matignon. Je traîne, comme si j’attendais quelqu’un. Je shoote dans des cailloux devant les gardes de sécurité [...].

Dans quelques heures, je dois aller au Conseil fédéral des Verts. J’avance avec des bras cassés, qui parlent de sauver la France alors qu’ils ne s’extirperaient pas d’une chiotte. Il fait beau. Les militants sont chauds. Cécile a la voix qui tremble, mais a l’air soulagé. L’excitation des grands virages. Moi, j’ai la glotte qui n’est toujours pas remontée.

Quelques mois plus tard, je suis de nouveau dans le vent. La gauche vient de se prendre une raclée aux départementales. Les Français m’attendent. Je suis leur bus, leur but, leur navette, celui qui les emmènera loin vers des lendemains qui chantent.

Ils savent que mon seul défaut est de ne pas être une femme. François Hollande me l’a bien fait comprendre. Au gouvernement, il y a trop de queues sur le dancefloor. Ils vont avoir besoin de cuisses fraîches et fermes. Ce sera Barbara.

Mais je pèse. Les Français le savent. La RATP le sait. Lorsque j’ai vu qu’elle refusait les affiches pour les chrétiens d’Orient, j’ai décidé d’en faire mon combat. Conscience de la portée, j’ai tweeté. Je peux vous dire que les avant-bras du PDG sont devenus du Scratch. Dans les vingt minutes, je l’avais au téléphone et j’ai pu rassurer les Français.

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