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Covid, réduction de coûts : les missions d’Accenture pour l’État dévoilées au Parlement

mercredi 29 décembre 2021

Olivier Girard, le CEO France et Benelux d’Accenture, était entendu mercredi 15 décembre par la commission d’enquête du Sénat sur l’influence des cabinets de conseil dans le secteur public.

NB :
Bientôt nous aurons ces cabinets conseils au sein du gouvernement via le système EPIC. Ces entités privées se cachent derrière l’administration, se sont des intermédiaires payés pour passer vos commandes. Ces établissements sont publics industriels et commercial ont les appellent des (EPIC)

L’ Union des groupements d’achats publics (UGAP), centralise les commandes auprès des fournisseurs pour le compte des ministères, des collectivités territoriales et des établissements hospitaliers.
L’UGAP a lancé son premier marché de conseil en stratégie d’une valeur de 12 millions d’euros.

Edward Jossa :

  • « À l’UGAP, nous travaillons avec des unités d’œuvres : ce sont des compétences, un livrable et un délai. Nous avons des unités d’œuvre dans chacun de nos marchés. Elles sont classées entre « simples », « très simples », « moyens » et « complexes » en fonction de la difficulté du sujet. Une unité d’œuvre du marché de conseil en stratégie, par exemple, s’appelle projets stratégiques de restructuration. Quand c’est très simple, son tarif est 1864 euros hors taxes ; quand c’est simple, 3821 euros ; moyen, 11 984 euros ; complexe, 23 114 euros. Les discussions portent sur le nombre d’unités d’œuvres à mobiliser et le degré de complexité. Et notre mission de suivi consiste à s’assurer que les missions soient qualifiées avec un juste degré et que le nombre d’unités d’œuvres est le bon. A la fin, cela fait un forfait. »
  • L’avantage numéro un de passer par l’UGAP pour les organisations publiques qui y ont recours : le gain de temps, car sinon « gérer un marché de conseil pour une collectivité territoriale prend six mois. Ce temps est gagné quand on peut aller chercher ce marché sur étagère auprès de l’UGAP ou auprès d’une autre centrale »

Cette situation est tout a fait normale vu le niveau de l’administration française.

L’État est agoni sur sa lenteur à déployer la campagne de vaccination : quelques milliers de vaccinés, tout au plus, quand ses voisins européens – allemands, italiens ou britanniques – dépassent déjà les plusieurs centaines de milliers de vaccinés. Le ministre de la Santé, Olivier Véran, annonce une accélération : y auront droit les 75 ans et plus hors Ehpad, les pompiers, les aides à domicile…

Le gouvernement va permettre « dans les prochains jours » aux Français qui souhaitent être vaccinés de s’inscrire pour prendre rendez-vous, a également indiqué Olivier Véran. Cette inscription se fera « sur Internet, par téléphone sans doute, et pourquoi pas par l’application TousAntiCovid », dit-il alors.

Neuf jours plus tard, Sante.fr est mis en ligne pour permettre les prises de rendez-vous dans plusieurs centaines de lieux de vaccination aux quatre coins du pays. Et trois plateformes privées sont également retenues : Doctolib, Maiia et Keldoc.

Dans l’intervalle, gros coup de chaud pour les équipes d’Accenture en France, qui compte parmi les cabinets qui vont le plus participer à l’effort gouvernemental de déploiement de la vaccination en France.

En effet, le cabinet, au titre du marché-cadre de conseil en stratégie dont ils sont attributaires depuis juin 2018 avec McKinsey (relire notre dernier article), avait été approché dès le 3 novembre 2020 par le ministère de la Santé.

Une expression de besoin lui est adressée pour la réalisation d’une étude relative à la mise en œuvre du système d’information spécifique au programme de vaccination, alors que l’arrivée des premiers vaccins est prévue pour janvier 2021. Un système d’information qui devrait notamment permettre l’envoi de courriers aux patients éligibles à la vaccination ou l’enregistrement des vaccinations.

Accenture répond à cette expression de besoins par un devis, rapidement accepté par le ministère de la Santé, et mobilise une équipe dédiée.

S’ensuit un énorme coup d’accélérateur début janvier. Ce dont Olivier Girard a fait état devant les sénatrices et les sénateurs : « Le 5 janvier, il est décidé que les centres de vaccination seront équipés d’une solution de prise de rendez-vous en ligne opérationnelle une semaine plus tard, le 13 janvier. Dans ce cadre, nos experts ont identifié et instruit différentes options pour la mise en place de prises de rendez-vous au sein du système d’information de la vaccination. Il y avait trois options : une solution nationale via la contractualisation avec des acteurs privés établis, une solution nationale via le lancement d’un outil public, la mise en visibilité de solutions existantes, celle des hôpitaux par exemple, via le portail national Sante.fr. Le ministère a retenu la première option notamment pour répondre à l’urgence du calendrier. »

En deux jours, les équipes d’Accenture doivent dessiner les contours de cette solution nationale : cahier des charges informatique, fonctionnalités requises, modalités d’interconnexion et d’intégration, exigences de sécurité, de performance, de disponibilité. C’est chose faite entre le 6 et le 8 janvier. Le 11 et le 12 janvier, le cabinet participe au test technique entre les différents systèmes. Le 13, le Premier ministre annonce l’ouverture des inscriptions en ligne.

Que reste-t-il de l’ambition d’Accenture dans le domaine du conseil en stratégie avec cette nouvelle organisation ? Éléments de réponses.

Et les liens entre le ministère de la Santé et Accenture dans le cadre de la gestion de la pandémie n’en resteront pas là. Le cabinet cumule 4,1 millions d’euros de facturations avec le ministère entre mars 2020 et octobre 2021, selon les données rendues publiques par la députée Les Républicains de l’Orne Véronique Louwagie. Des interventions réalisées via les marchés-cadres de la DITP et de l’UGAP, une centrale d’achat pour le secteur public qui diligente également un important marché de conseil en stratégie (relire notre article).

« Ces missions ont participé à la mise en œuvre en un temps record, je tiens à le souligner, de systèmes qui permettent d’assurer la gestion de campagnes de vaccination, les services de prise de rendez-vous, les services de suivi d’effets indésirables, la gestion logistique, le bon fonctionnement de l’application TousAntiCovid, l’interopérabilité avec les systèmes européens », a expliqué Olivier Girard.

Autant de missions qui ont contribué à une accélération de l’augmentation du poids du secteur public dans les activités d’Accenture en France. Il pèse désormais 10 % des 1,6 milliards d’euros de chiffre d’affaire du cabinet en France (7 600 collaborateurs, 25 sites). Maîtrise des normes d’échange des données de santé à l’échelle européenne, télédéclaration des revenus de 30 millions de foyers en France, voici quelques exemples des missions récurrentes d’Accenture dans le secteur public en France, que son CEO a rappelé aux sénatrices et sénateurs.

Mais ce n’était pas ces dernières qui retenaient le plus l’attention des parlementaires. Les élus ont en effet interrogé à plusieurs reprises Olivier Girard sur le marché, remporté par Accenture début 2021, qui vise à conseiller la direction des achats de l’État (Bercy), la direction du budget (Bercy) et la direction interministérielle de la transformation publique, pour parvenir à un objectif de 800 millions d’euros d’économies dans les achats réalisés par 484 opérateurs de l’État d’ici 2022. Quelles économies ont-elles été identifiées ? Quand la mission s’achèvera-t-elle ?

Réponse parcellaire du dirigeant : « Le projet a avancé et des livrables ont été remis mais nos équipes y travaillent encore. »

Consultor

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