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Soupçons contre Donald Trump : ce « Russiagate » qui fait pschitt

vendredi 19 novembre 2021

L’enquête en cours du procureur spécial John Durham démontre que les accusations de collusion entre Moscou et l’ex-président américain étaient totalement fantaisistes.
Ce que l’on a appelé « Russiagate » était censé démontrer l’existence, à partir de juillet 2016, d’une « collusion entre le Kremlin et l’équipe de campagne de l’ancien président républicain » Donald Trump.
Pendant près de trois ans, au cours du mandat de Donald Trump, l’extraordinaire enquête a tenu en haleine le monde entier. Ce que l’on a appelé « l’affaire russe » ou le « Russiagate » était censé démontrer l’existence, à partir de juillet 2016, d’une « collusion entre le Kremlin et l’équipe de campagne de l’ancien président républicain ».

Circonstance aggravante, les services secrets russes étaient, croyait-on, en mesure de faire chanter Trump en raison d« une compromettante sextape ». Véritable « kompromat » (vidéo fabriquée par le FSB, successeur du KGB), celle-ci mettait soi-disant en scène le futur président regardant deux prostituées en train d’uriner sur le lit de suite présidentielle de l’hôtel Ritz-Carlton de Moscou, où Barack et Michelle Obama avaient séjourné avant lui.

Trop beau (si l’on ose dire) pour être vrai ? Hélas, ou heureusement, oui ! En réalité, ces « révélations » scabreuses, et quelques autres, compilées par l’ex-espion britannique Christopher Steele étaient parfaitement bidon ainsi que le révèle l’enquête de John Durham. Cinq ans après le début de l’enquête du Federal Bureau of Investigation, ce procureur spécial indépendant est aujourd’hui chargé d’établir les faits et, le cas échéant, de mettre en lumière les loupés du FBI.

Il y parvient, comme en témoignent l’arrestation et la mise en examen, le 4 novembre, d’Igor Danchenko, qui réduisent à néant les accusations contre Trump. Danchenko était en effet le principal informateur du « dossier Steele », établi par l’ex-espion éponyme. Or cette « gorge profonde » est aujourd’hui accusée d’avoir menti de bout en bout. Danchenko était bien placé pour donner crédit à ses récits fantaisistes : de nationalité russe, mais résident à Washington, il était, de 2005 à 2010, un expert de la Russie et de l’Eurasie au sein de la Brookings Institution, prestigieux think tank proche du Parti démocrate.
Le 12 janvier 2017 des journalistes sont postés devant l’entrée du cabinet de conseil londonien « Orbis Business Intelligence », à Londres, et dont l’un des deux directeurs est Christopher Steele.

Mais il y a une faille. Igor Danchenko tenait ses informations « explosives » de la bouche d’un proche... des Clinton ! Communiquant de haut vol, Charles Dolan fut en effet l’un des cadres importants des campagnes électorales de Bill Clinton en 1992 et 1996, et l’un des conseillers en relations publiques de Hillary Clinton en 2008 , lors des primaires démocrates contre Barack Obama. « Enfin, en 2016, il participa activement à la campagne de la candidate démocrate », constate le procureur Durham.

Qui plus est, Dolan est très bien introduit à Moscou - bien davantage, apparemment, que ne l’est Trump. Depuis 2006 (date du « reset », l’éphémère réchauffement des relations Obama-Poutine) jusqu’à 2014, il se consacre à améliorer l’image internationale de la Russie où il passe beaucoup de temps, y compris au Ritz-Carlton de Moscou, dont il visite la suite présidentielle à l’été 2016. Ce qui lui permet sans doute de « vendre » avec conviction l’histoire abracadabrante des « prostituées incontinentes » au FBI qui avale le bobard naïvement.
L’ex-directeur du FBI James Comey (G) à Washington le 20 mars 2017 et le président américain Donald Trump (D) à Washington le 6 juin 2017

Une chose est claire : tout ce beau monde s’auto-intoxique. Le « communiquant » Charles Dolan souffle des racontars à l’oreille du Russe Igor Danchenko, qui répercute ces on-dit auprès de l’ex-limier britannique Christopher Steele, lequel communique ses tuyaux au FBI. Ce qui déclenche la mise sur écoute de l’équipe de campagne de Trump. Et justifie - après le renvoi du patron du FBI James Comey par Trump le 9 mai 2017 - l’ouverture d’une investigation au long cours (deux ans) par le procureur spécial Robert Mueller. Qui conclut à l’inexistence d’une collusion « russo-trumpienne ».

Dans cet imbroglio, qui est aussi un fiasco journalistique, le quotidien conservateur The Wall Street Journal est l’un des rares médias à esquisser une autocritique. Dans son éditorial du 5 novembre, il relève que « tout cela prouve que toute cette affaire n’est, du début à la fin, qu’une série de boules puantes lancées par l’équipe de campagne de Hillary Clinton, et dont la presse fut le promoteur crédule ». Coté démocrate, The Washington Post admet que les investigations en cours du procureur Durham « jettent un doute sur certains articles publiés par les journaux, y compris le nôtre ». C’est le moins que l’on puisse dire.

LE « RUSSIAGATE » EN QUELQUES DATES :

2016 : 31 juillet, début de l’enquête du FBI qui soupçonne une collusion entre la Russie et l’équipe de campagne de Donald Trump.

8 novembre : DONALD TRUMP est élu président des Etats-Unis.

2017 : 7 mai, éviction du directeur du FBI James Comey, puis nomination, le 17, du procureur spécial Robert Mueller, chargé de superviser la poursuite de l’enquête. Il est assisté de 40 enquêteurs du FBI. Son enquête dure deux ans.

2018 : 14 juin, l’inspecteur général du ministère de la Justice Michael Horowitz rend son rapport d’enquête interne sur la façon dont le FBI a mené les investigations. Ultérieurement, devant le sénat, il confirme que l’enquête du FBI « reposait entièrement » ou presque sur le « dossier Steele », pourtant fragile.

6 novembre : le Parti démocrate remporte les élections législatives de mi-mandat.

2019 : 29 mai, le rapport du procureur spécial Robert Mueller est rendu public sans parvenir à établir une collusion entre la Russie et l’équipe de campagne de Donald Trump.

2020 : 19 octobre, le ministre de la Justice William Barr désigne le procureur spécial John Durham dont la mission est de vérifier si les investigations menées par le FBI étaient légales et appropriées.
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2021 : 4 novembre, le procureur spécial John Durham met en examen Igor Danchenko, citoyen russe résident à Washington, selon cinq chefs d’inculpation. Principale source du dossier Steele, il est accusé d’avoir menti au FBI et relayé des fausses informations.

L’Express Axel Gyldén

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