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Coup d’Etat et Révolution

samedi 18 avril 2009

La limite semble indécise entre la bonne et la mauvaise gouvernance, comme il est observé dans des renversements de régimes démocratiques par des militaires qui prétendent, non sans raison, comme en Guinée en décembre 2008, avec le capitaine Camara, rendre le pouvoir au peuple paralysé par de fausses élites.

Putsch du capitaine Camara

Il y a donc toujours un jeu de liberté possible dans un système gouvernemental pour que se brise ou soit contredite la volonté actuellement régnante, et il ne serait pas superficiel de qualifier toute chute de régime comme l’effet d’une sorte d’ennui ou d’un besoin de rompre l’uniformité. Mais le peuple fait-il la différence entre une action massive qui mériterait seule l’étiquette de Révolution et la mainmise sur les affaires par des comploteurs qui demandent ensuite les suffrages que le peuple ne manque pas de donner ? Car une grande masse de gens ne peut qu’affirmer des principes et non pas se prononcer sur le détail des mesures, qu’elle ne comprend qu’à l’échelon communal ou à celui, plus restreint, de son entreprise. C’est cela qui faisait soutenir à Rousseau que la République ne convient qu’à des états moyens et la monarchie à un grand pays. Telle était, pour lui, la différence d’échelle de grandeur entre la Suisse et la France.

Il faut d’abord reconnaître que tout coup d’Etat est évidemment le fruit d’une conjuration. C’est la marche des grands empires qui ont traversé l’Histoire. Le plus illustre à considérer, dont la stabilité reposa sur de violents changements de personnes, en somme sur le coup d’Etat permanent, est la Turquie impériale. Il serait, du reste, vraisemblable que sans la première guerre mondiale, ce pays musulman, qui fut l’objet d’une provocation de Churchill, premier lord de l’Amirauté, lequel refusa en 1914 de livrer des croiseurs payés par les Turcs avec l’argent d’une collecte musulmane internationale pour se défendre contre l’expansion russe avérée, aurait ainsi poursuivi sa course, sans les horreurs du centenaire conflit palestinien.

La Révolution serait affaire de principe, dit-on, et l’on donne l’exemple des révolutions françaises, russe, chinoise, cubaine etc., sans mentionner les révolutions nationales fascistes, très diverses, du dernier siècle, du Portugal au Japon, mais toutes ont ouvert une époque. Les révolutions religieuses ou scientifiques n’échappent pas à la règle.

Lenine « L’Etat et la Révolution »

A cette grandeur de la Révolution, Lénine a attaché une étude classique, commencée en septembre 1917, intitulée « L’Etat et la Révolution ». C’est l’immensité de la tâche qui définit la nécessité d’une Révolution.

Ce serait donc une théologie, pour ainsi dire, qui ferait la politique révolutionnaire, théologie rationaliste ou maçonnique pour la patrie des Droits de l’Homme proclamée à l’américaine par le marquis La Fayette (1757-1834), avec une croyance en un Dieu abstrait très vague, mais avec répression sévère et sanglante de ses adversaires décriés comme fanatiques.

Il y a aussi, paradoxalement, une théologie athée ou matérialiste, mais sur fond de foi messianique, de quelque nom qu’on l’affuble, à savoir le rêve d’un temps promis et heureux, terrestre et anti métaphysique, qui abaisse toute conscience trop élevée ou transcendante. Tel est le marxisme-léninisme, la révolution américaine aussi qui a deux siècles d’existence et qui définit un type d’homme partageant également cette même vision d’un bonheur réglé avant tout sur des intérêts et aussi sur des haines partagées.

Bref, tout irait pour le mieux, sauf qu’une Révolution occidentale échappe à cette idée révolutionnaire définie de manière enthousiaste ou idéaliste. Il n’est pas question ici de la révolution islamique iranienne, qui est la seule révolution effectuée [L’Allemagne peut-être étant mise à part à cause de son originalité perpétuelle tenant à son caractère de « peuple métaphysicien », le mot est de Napoléon] contre une tentative de coup d’état longuement mûri, mais tout simplement de la Révolution anglaise, ou plutôt la double Révolution de 1641 et plus tard de 1689, la seconde étant dite par les historiens anglais « non sanglante ».

Or, à les voir de près, ce sont deux coups d’Etat avec, comme pour la Révolution française, la décapitation du monarque Charles I, le 6 février 1649, dans un premier temps, et l’introduction plus tard d’une autre dynastie appuyée sur la finance, ce que sera la Restauration de 1814 en France !

En réalité, toute Révolution est d’abord rendue possible par la neutralisation ou l’impuissance naturelle ou provoquée, mûrie, de l’Etat, le minage des structures gouvernementales mises en place, et c’est là qu’un coup d’Etat précède toute manifestation à laquelle l’on pourra donner le nom de Révolution. C’est ce qui a fait le succès d’un ouvrage dont tout l’intérêt est dans le titre, car il est peu occupé de son sujet et davantage des effets de sa parution : « La technique du coup d’Etat ». Livre écrit et publié en 1931 par celui qui prenait le surnom de Cursio Malaparte (Kurt Erich Suckert, 1898-1957) et dont le talent de conteur ne s’embarrassait pas de mensonges, comme il le reconnut publiquement à Athènes, en particulier sur son livre intitulé « Kaput » et ses horreurs de film de série B !

Il visait bien sûr, dans le premier livre, que tout comploteur après la guerre affectait de prendre comme manuel, l’Italie et la « Marche sur Rome » de Mussolini, or celle-ci n’a joué, comme on sait, aucun rôle dans l’accession au pouvoir du Duce qui a été appelé régulièrement en consultation par le Roi, pour former le gouvernement, avant le déclenchement de cette marche folklorique. Cursio Malaparte qui fut longtemps fasciste le savait. En réalité, il n’y a pas de technique particulière de coup d’Etat. Toute vie politique, toute affirmation violente d’un pouvoir qui paralyse l’Etat au profit d’un groupe, est coup d’Etat.

Quand M. Sarkozy devient Président de l’UMP en remplissant le parti gaulliste de militants pré-sélectionnés et rassemblés par sms, il procède à une prise de pouvoir qui est restée invisible à l’opinion publique, et là est le premier caractère de toute conjuration, d’avancer masquée et de ne pas dévoiler son but. Elle occupe les lieux et demande à son chef de chanter le grand air sur la scène devant des spectateurs qui croient exprimer leur désir. De même, quand M. Sarkozy fait une ouverture à gauche ou au centre, il procède en réalité à une fermeture clanique.

Un homme autoritaire, énergique et froid, comme Oliver Cromwell (1599-1658) qui se reposait sur un Parlement qualifié de « croupion » tant il était réduit, et qui lui avait fait voter la mort du Roi, et après Cromwell, celui qui recommandait de « gouverner par la terreur » l’Ecosse, le généralissime Monk (voir « Vie du général Monk, restaurateur de Charles II », par Des Vaux, 1815), ont, par des manœuvres, paralysé le Parlement en créant des factions rivales, en suscitant des ambitions, puis fait agir leurs troupes. C’est la partie sanglante de la Révolution d’Angleterre, mais ce fut aussi le cas de la seconde Révolution de 1681, déjà mentionnée, qui a fait intervenir un agent financier omniprésent en tout changement de régime et dont le poids décisif est par lui-même un coup d’Etat brisant toute opposition légale et toute institution antérieure. Frédéric II, roi de Prusse, en témoigne dans ses « Mémoires » rédigées en français. ll indique une pression financière énorme comme l’allumage du moteur du nouvel Etat : la Maison d’Orange de Hollande prit, en effet, possession de l’Angleterre avec un prêt considérable avancé par la finance d’Amsterdam. C’est de là que date la fondation de la Banque d’Angleterre. Le ralliement de la nation anglaise fut affaire facile.

Il a été, en revanche, quelquefois demandé avec raison, pourquoi l’Allemagne avait échappé aux convulsions politiques et subi les dégâts de l’invasion plus que les morsures empoisonnées de la guerre civile. Quelques vers français du comte de Hertzberg, lus dans l’assemblée publique de l’Académie de Berlin, le 25 janvier 1787, à la louange du Roi de Prusse, donneront la réponse poétique et politique à la fois. Il termina la guerre, écrit-il du roi de Prusse « Sans démembrer ses états, sans diminuer ses forces, sans avoir contracté de dettes. »

Cette situation d’autonomie est recommandée par ceux qui s’attachent à la paix publique. Mais elle est contraire aux entreprises politiques de domination par influence, se dissimulant sous l’étiquette de « la balance des forces » ou de « juste milieu ». Elles entretiennent alors des éléments révolutionnaires ou d’agitation qui bousculent les intérêts locaux, c’est-à-dire les tiennent dans un état d’instabilité permanente.

Evidemment, comme dans le rapport paru en 2004 de MM. Zbigniew Brzezinski (né en 1928 à Varsovie) et Robert Gates, (né en 1943 au Texas), chef de 16 agences de renseignement américain, « Attitude towards Iran », et que l’on retrouve dans les déclamations du Président Obama, toute intervention ou pression sur les pays ainsi agités se présente comme une stabilisation et les victimes sont invitées à participer à leur propre servitude ou aliénation de liberté, ainsi que l’Iran fut appelé, dans cet important document cité, à devenir un acteur constructif. Ce dernier terme signifie bien que l’on bâtit avec un architecte, et naturellement celui-ci est le maître des destinées de tous.

L’existence des factions est un élément de la survie révolutionnaire de régimes conçus par cette « technique du coup d’Etat ». Telle évolution du régime libyen ou algérien, ou telle autre situation en Chine révolutionnaire et ailleurs, en fournit la démonstration. C’est ce qui est grossi par l’historien ou l’enquêteur adoptant la méthode des sciences de la nature, non point entièrement valable pour l’homme, mais pour les systèmes qu’il forme et qui relèvent de l’intelligence, alors que l’instinct seul individualise et sépare les arts, les individus et les espèces.

Robert Gates, secrétaire à la défense de G.W. Bush puis d’Obama
Evoquant les cinq Directeurs qui furent élus dans la période qui termina les massacres révolutionnaires, l’historien lorrain G.Lenotre écrivait : « Ils se jalousent, se haïssent et se méprisent. L’un d’eux émet-il un avis, tous les autres aboient et l’invectivent » (« Vieilles maisons, vieux papiers »1924). L’auteur précise, en fin d’article, que si la tourmente emporte les états, les gens qui animent les factions, hormis l’orgueil de paraître, n’ont rien perdu à l’affaire.

A la technique de coup d’Etat, il faut ajouter le bonheur du révolutionnaire assagi qui digère son bien. Un rapport ministériel, sous la royauté restaurée en 1814, désigne tel régicide, qui avait donc voté la mort du Roi :

« Il jouit sous l’apparence de la médiocrité et même de l’indigence, d’une fortune de plus de 80.000 francs de rente et possède un autre logement au faubourg Saint-Germain. Cet homme dangereux devrait être soumis à une surveillance sévère, peut-être même banni de France. Mais non », reprend l’historien français « la Royauté rétablie dédaigne cet infime adversaire. Repu, enrichi, il n’est plus à craindre. »

Que la volonté de conquérir ou de détruire un régime, un gouvernement ou des institutions, de les fractionner pour en détourner la machine au service d’intérêts étrangers à la communauté nationale, au peuple au sens juridique du terme de peuple, bref, le fait que l’infiltration soit un mode de domination, une stratégie de conquête, cela est compréhensible. Mais ce n’est pas visible. Le créateur de l’expression de « capitalisme », le professeur de l’université de Berlin, Werner Sombart (1863-1941), a mis en lumière cette formule du philosophe Hegel sur le temps des révolutions qui est notre époque : révolution kémaliste en Turquie, révolution baassiste, dont Obama voudrait ressusciter les débris en Irak, révolution égyptienne avec Neguib et Nasser, révolution des œillets du Portugal, orange d’Ukraine et de Géorgie, de Madagascar, avec l’appui du financier George Soros (né en 1930 à Budapest) et de sa soi-disant « open society ». Bref, tout l’étalage du marché politique où les industriels de la mort vendent leurs produits et aussi leurs rêves, comme Rajaolina à Madagascar : « Hegel déjà savait qu’en son temps, c’est-à-dire au début de l’ère économique » – (il désigne par-là ce que nous entendons par américanisme, à savoir le Disneyland des enfants gâtés de nos sociétés autoritaires, inquisitoriales et mensongèrement permissives) - « un besoin dépend beaucoup moins de ceux qui l’éprouvent que de ceux qui recherchent un profit en le produisant » (Philosophie du Droit). Tout autre commentaire est superflu.

Werner Sombart, en homme d’une génération cultivée et décimée par cette guerre qui fabriqua la fortune américaine du siècle, reprend dans cette page célèbre de son ouvrage sur le Socialisme « l’idée platonicienne que les hommes qui ont de l’or dans le sang doivent se garder jalousement de tout contact avec l’or terrestre ». C’est par l’éducation de cette nature intérieure que la stabilité des Etats peut se fonder et non par cette liberté donnée à l’ennui de vivre qui crée des factions par goût du mouvement extérieur. Alors la société et l’Etat qui est sa tête seront seulement, à cette condition, selon le mot d’Adam Smith (1723-1790) « gouvernés par une main invisible », le souffle de l’esprit et non pas, pour reprendre un mot polémique de Kant, celui des « vampires de la société ».

Il reste enfin une hypothèse, celle d’une Révolution qui soit une réaction. Les Allemands, ou plus précisément les Autrichiens et leurs alliés en Allemagne et en Europe, en rêvaient sous le joug de Napoléon et les saignées financières causées par les guerres françaises de vingt-cinq ans en Europe. Les Autrichiens furent honnis, jusqu’à un Jules Verne qui en a fait des monstres dans son roman Matthias Sandorf (1885).

L’Iran occupe ce rôle. Il a fait ce dont plusieurs rêvaient et sa Révolution fut, de la part de Khomeyni, une réaction contre une révolution-coup d’Etat organisée et planifiée par ceux qui étudiaient un remplacement du Shah, comme on fait une étude de marché. A sa descente d’avion, il y a trente ans, l’Imam Khomeyni mit en garde contre les agents placés par les Etats-Unis sous le masque révolutionnaire et la masse populaire réactionnaire a expulsé les « La Fayette » iraniens.

Selon quelle idéologie ? Il n’y en a pas, car toute idéologie est factieuse, sauf à mentionner cette thèse que l’islam, dans l’absolu, est un mur à abattre pour le capitalisme qu’il a freiné plus que le christianisme ne l’a fait, et la question palestinienne est aussi une guerre d’usure contre l’Islam. Telle est l’utilité de la politique du gouvernement d’Israël qui coûte à l’Amérique, mais lui permet de renverser un rempart moral et culturel.

Révolution Orange-Ukraine
Mais aussi l’hypothèse faite depuis plus de trente ans par le père ou inspirateur de la diplomatie américaine actuelle, Brzezinski, de faire entrer l’Islam dans son jeu, ou de le circonvenir pour constituer des régimes instables, sur le modèle afghan et pakistanais afin de donner prétexte à l’armée occidentale d’intervenir et de former, sur l’ancien modèle allemand, une légion musulmane contre la Russie concurrente. Ecoutons Brzezinski : « Selon la version officielle de l’histoire, l’aide de la CIA aux Moudjahidine a débuté courant 1980, c’est-à-dire après que l’armée soviétique eut envahi l’Afghanistan, le 24 décembre 1979. Mais la réalité, gardée secrète jusqu’à présent (c’est nous qui le soulignons), est tout autre » précise le planificateur américain « c’est, en effet, le 3 juillet 1979 que le président Carter a signé la première directive sur l’assistance clandestine aux opposants du régime pro soviétique de Kaboul ».

Il reste à savoir quelles sont les forces qui ont pu amener au pouvoir, dans un pays musulman à la foi enracinée et qui appartient à la sphère culturelle iranienne, des communistes. Imaginer au pouvoir, des gens antireligieux et de conviction athée ne peut aller sans supposer aussi un coup d’Etat, et il est remarquable que personne ne songe à poser la question : qui inspira et fabriqua les communistes afghans, bref qui inventa le poison avant de financer la production du remède ?

C’est dans cette stratégie qu’il convient d’entendre ce que nous expliquons de la Révolution iranienne comme réaction populaire massive imposée par Khomeyni pour défaire le coup d’Etat mis en place pour la troisième fois en Iran par les Américains.

La première fois, ce fut, rappelons-le, par l’invasion anglo-soviétique commune du 25 août 1941, lorsque Reza Khan, lui-même inspiré par l’Angleterre montée au pouvoir par coup d’Etat contre son souverain à l’aide d’un parlement soumis, le 12 décembre 1925, fut jugé trop à l’écoute du vœu national de rester neutre, de ne pas sympathiser avec les ennemis de l’Allemagne alors populaire dans le monde islamique. Le complot fit remplacer par le fils, le père déporté à Johannesburg. Les anglo-américains et soviétiques firent commettre au nouveau Shah un parricide politique et ce fut ainsi que le père du général Schwarzkopf, le colonel Schwarzkopf, a pu en 1943 entraîner les forces de gendarmerie du régime.

La seconde fois fut la destitution du docteur Muhammad Mossadegh, une des anciennes noblesses du pays, en 1953, dont les communistes du parti Toudeh avaient affaibli la politique de défense économique nationale en réclamant l’annexion du nord de l’Iran à l’URSS. Et le retour du Shah se fit sous surveillance américaine et israélienne constante, cette dernière force politique étant à la base de la « révolution blanche » où elle s’attribua, particulièrement dans le domaine agricole, celui du farming, des avantages économiques considérables, constituant une nouvelle colonie à la palestinienne.

La troisième fois fut, à cause de l’hostilité populaire et de la collusion trop marquée avec le gouvernement israélien qui instruisait les cadres de la répression et envoyait ses hommes tirer sur la foule, comme il était dit en Iran, de substituer à un être falot de guerre froide, un nouveau régime composé de factions rivales, communistes, démocrates à la manière anglo-américaine, islamistes, aussi farouchement opposés entre eux que toutes les factions d’une assemblée révolutionnaire peuvent l’être.

La chute du Shah était naturellement exigée par le peuple ensanglanté et la majorité du clergé mais elle était aussi présente dans les projets américains qui entendaient changer de pion, sauf que la révolution, au lieu de se dissoudre dans un coup d’Etat anti-Shah, une révolution à la roumaine, a coupé, par l’institution d’une guidance religieuse, la voie indiquée par Washington à ses démocrates.
La révolution blanche

Michel Foucault (1926-1984), professeur de philosophie au Collège de France, homme d’esprit indépendant et au ton voltairien, soutien enthousiaste et fidèle de la Révolution islamique, qui avait assisté à Téhéran au début des événements en 1978, quand des éléments, en partie non iraniens, des mercenaires, avaient tiré sur la foule, pour créer l’irréparable, a bien senti cette réalité en écrivant le 12 février 1979 : « Les Américains. Ils paraissent formidables. Ils ont baissé les mâts. Par impuissance. Et calcul aussi (c’est nous qui le soulignons). Plutôt que de soutenir à bout de bras un pouvoir mourant et avec lequel ils n’étaient que trop compromis, ils préfèrent laisser se développer une situation à la chilienne, s’aiguiser les conflits internes et intervenir plus tard ». (« La poudrière de l’Islam » article paru dans le Corriere della Sera).

La véritable lutte ne s’est donc pas produite entre le Shah et ses opposants, qui auraient masqué derrière la chute du monarque, leur prise de pouvoir aux ordres des Américains, car le Shah affaibli, malade n’était plus rien. Mais la lutte s’est poursuivie entre les opposants et c’est cette opposition interne, une lutte civile, que veut restaurer l’administration américaine actuelle, en brisant réformateurs contre conservateurs, en réintroduisant des sociétés comme le Babisme, machine de guerre subversive mise au point par l’habileté anglaise au 19e siècle – et dont le siège est aujourd’hui à Haiffa (!) sous la juridiction du gouvernement israélien- pour pénétrer l’Iran, comme par gouvernement fantôme à leur disposition.

En ce sens la politique des Etats-Unis est inchangée depuis Carter. La finalité de cette politique conçue il y a plus de trente ans, serait d’amener, moyennant des rétributions personnelles et catégorielles auprès d’une classe de nouveaux riches arrosés par le pétrole et aussi liée à la drogue, [arme terrible et traditionnelle de la C.I.A, d’Amérique latine à l’Asie, développée par la présence afghane qui pourrit une partie de la jeunesse et a déjà coûté la perte de plus de 2000 policiers iraniens auxquels le monde devrait rendre hommage] l’Iran à entrer dans une coalition américaine contre la Russie, à être verte à l’extérieur et étoilée à l’intérieur, en tout cas désunie moralement et politiquement avec affrontement de radicaux et de modérés, en plus des dissensions nationales armées par les Américains, sur le modèle turc.

Le blocus et le harcèlement de l’Iran avec une propagande effrénée et mensongère, grotesque, sur son armement atomique vont dans le sens d’un partenariat arraché aux Iraniens de guerre lasse. « Nous sommes affligés par le comportement de l’Iran » lance madame Clinton à la télévision américaine le 2 février 2009 car les Etats-Unis se considèrent les tuteurs du monde et les peuples comme autant d’employés de leur plantation ! C’est La case de l’oncle Tom version Obama !

En réalité, cette administration Obama est bien plus néfaste, venimeuse et dangereuse aux Musulmans, et en premier aux Iraniens et aux autres peuples d’Orient et d’Asie, que la précédente qui n’en a été que le marche-pied, alors qu’on la présente comme une contradiction. Le but était de faire retomber sur l’administration républicaine le poids de l’invasion de l’Irak avec une infiltration de loups déguisés en agneaux, de tous les néoconservateurs qui s’infiltraient en prenant le pouvoir dans la machine républicaine. Le parti démocrate, qui a été l’axe de toute politique impérialiste depuis Théodore Roosevelt à la fin du 19e, a des raisons de croire en sa politique de coups d’Etat, de révolutions oranges, et même aux couleurs oranges vertes, pour reprendre l’idée de la « ceinture verte » d’étranglement de l’ours russe formulée par Brzezinski. Et ceci se produit tandis que l’organisation économique du G20 entreprend de sauver l’Amérique de son bourbier financier en lui assurant une planche de salut chinoise. Ce ne serait cependant pas la première fois qu’un régime communiste serait une planche de salut à l’empire américain, car tous deux partagent un mépris commun de la masse et un sens matérialiste profond puisé aux mêmes sources.

George Sorros, à l’origine de la crise asiatique qui ébranla principalement, il y a une décennie, la Malaisie et le Japon, vient de célébrer le redressement économique de la Chine, avec ses réserves en dollars, qui constituerait, pour user de métaphores luisantes, le fer de lance de la croissance mondiale en 2010. Et le coup d’Etat financier consistant à faire marcher la planche à billets, ainsi que la FED, institution privée, s’y livre depuis sa fondation en 1913, serait dissimulé sous les trompettes de Jéricho d’une révolution bancaire mondiale. La monnaie de singe changerait de nom mais serait une suite de l’imposture. C’est ce qui se nomme « affronter demain » selon le titre de la conférence géopolitique internationale, organisée à Jérusalem à la mi-mai 2008, sous l’égide de Simon Perez, pour le 60e anniversaire du coup d’Etat de Mai 1948, à laquelle, en plus de George W. Bush, des économistes de la Chine assistaient.

Nous y voyons aussi Sergey Brin, fondateur de Google, Susan Decker, Président de Yahoo, Rupport Key Murdoch, Dominique Stauss-Kahn, Jacob Frenkel, président fondateur du groupe des Trente, tout comme du président Kagamé, de la région des Grands Lacs. Mais aussi sont intervenus, ce matin du 14 Mai, sur une question d’économie, des personnalités chinoises de haut rang : Cheng Xiwei, ancien président du Congrès de la république populaire de Chine, présenté à la Conférence de Jérusalem, comme « une des personnalités dirigeantes formulant aussi bien la politique économique chinoise que la politique dans les secteurs technologiques et scientifiques » et Ma Zhengang, président du China Institute of International Studies, ancien vice-ministre des Affaires Etrangères et ambassadeur au Royaume-Uni, pour intervenir sur le thème de discussion : « Est-ce que l’arène géopolitique approche un point critique ? » et il n’est pas seulement question de « l’action militante de l’islam radical » mais aussi d’une Russie « qui émerge de nouveau et s’affirme ».

Enfin, l’après-midi de ce 14 Mai, vous eussiez pu, invités à cette conférence de Jérusalem, apprécier ce thème proposé à la réflexion chinoise : « How can the Jewish people strenghten his friendship with the Chinese Giant », sur la question de la possibilité de renforcement de l’amitié avec le géant chinois. M.Zhang Ping y participait, enseignant le chinois à l’université de Tel-Aviv et traducteur de texte de la Michna et du Talmud en chinois ; le rabbin Marvin Tokayer qui fut en poste de rabbin au Japon, et visite annuellement la Chine « pour garder contact avec tous les centres d’études » et trois autres intellectuels chinois qui publient de la littérature hébraïque moderne en Chine. Ces activités, tout à fait innocentes par ailleurs, prennent leur importance éclairées par les prophéties matérialistes du spéculateur George Soros, machiniste de ce théâtre d’ombres !

Peut-on distinguer, pour conclure, entre vraies et fausses révolutions ? Oui, si par vraie révolution, l’on entend un ordre durable, une paix retrouvée, une sorte de vie sur le modèle de la révolution céleste. Et une fausse révolution serait le début de coups d’Etat successifs et permanents même, comme le démontre la révolution kémaliste. A chaque contrariété de l’équilibre instable qu’est une constitution laïque dans un pays religieux, l’armée procède à un coup d’Etat au nom de la constitution. La révolution sert alors de prétexte à la légalisation de ces actes arbitraires. Il est donc assez rare de trouver une révolution qui ne soit pas le masque d’un esprit clanique et, là aussi, de nombreuses révolutions ressemblent à cette république dont parle saint Augustin.

« République paradoxalement sans peuple » écrit-il dans la Cité de Dieu, à savoir une idée satanique : c’est une république contre le peuple. Et les libérations célébrées dans notre histoire, de la nuit du 4 août 1789, celle de l’abolition des privilèges par ceux qui allaient piller les terres de l’Eglise, jusqu’aux ruptures que l’on célèbre en politique, n’auront été, à cet égard, qu’un asservissement supplémentaire dont on ne s’aperçoit que tard, une liberté accordée à ce que Jack London, dans une œuvre d’anticipation de notre propre actualité, parue en 1908, a qualifiée, en visant l’impérialisme américain, de « talon de fer ».

La rédaction Geopolintel

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